Note 70 — Part V. FROM THE FALL OF THE EMPEROR NAPOLEON, IN 1814, TO THE END OF M. DE TALLEYRAND’S ADMINISTRATION, IN SEPTEMBER, 1815.
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“Le Conseil s’assemble: il se composait de MM. de Talleyrand, Dambray, de Feltre, de Fancourt, Beurnonville, et moi.
“Après deux mots de M. de Talleyrand sur ce dont le Roi a permis que le Conseil s’occupât, je commence la lecture du projet de la proclamation tel que les corrections l’avaient ajusté. Le Roi me laisse aller jusqu’au bout; puis, et non sans quelque émotion que trahit sa figure, m’ordonne de relire. Quand j’ai fini cette seconde lecture, Monsieur prend la parole; il se plaint avec vivacité des termes dans lesquels cette proclamation est rédigée. On y fait demander pardon au Roi des fautes qu’il a commises; on lui fait dire qu’il s’est laissé entraîner à ses affections, et promettre qu’il aura dans l’avenir une conduite toute différente. De pareilles expressions n’ont qu’un tort, celui d’avilir la royauté; car du reste elles disent trop ou ne disent rien du tout. M. de Talleyrand répond:
“‘Monsieur, pardonnera si je diffère de sentiments avec lui. Je trouve ces expressions nécessaires, et pourtant bien placées; le Roi a fait des fautes; ses affections l’ont égaré; il n’y a rien là de trop.’
“‘Est-ce moi,’ reprend Monsieur, ‘qu’on veut indirectement désigner?’
“‘Oui, puisque Monsieur a placé la discussion sur ce terrain, Monsieur a fait beaucoup de mal.’
“‘Le prince de Talleyrand s’oublie!…’
“‘Je le crains, mais la vérité m’emporte.…’
“M. le Duc de Berry, avec l’accent d’une colère péniblement contrainte: ‘Il ne faut rien moins que la présence du Roi pour que je permette à qui que ce soit de traiter ainsi mon père devant moi, et je voudrais bien savoir.…’
“A ces mots, prononcés d’un ton encore plus élevé que le reste, le Roi fait signe à M. le Duc de Berry, et dit: ‘Assez, mon neveu: c’est à moi seul à faire justice de ce qui se dit en ma présence et dans mon Conseil. Messieurs, je ne peux approuver ni les termes de la proclamation, ni la discussion dont elle a été le sujet. Le rédacteur retouchera son œuvre et ne perdra pas de vue les hautes convenances qu’il faut savoir garder quand on me fait parler.’
“M. le Duc de Berry, en me désignant: ‘Mais ce n’est pas lui qui a enfilé toutes ces sottises là.’
“Le Roi: ‘Mon neveu, cessez d’interrompre, s’il vous plaît. Messieurs, je répète que j’ai entendu cette discussion avec beaucoup de regrets. Passons à un autre sujet.…’”—Mémoires du Comte Beugnot, tom. ii. p. 274.