Note 527 — LIVRE II Clovis et ses fils (continued 3)
Reading edition
Il n’a pas tenu à Victor Hugo que le désastre de Waterloo lui-même ne s’expliquât également, sinon par une fosse creusée exprès, du moins par un profond ravin où la cavalerie française serait allée se précipiter et s’écraser :
« Tout à coup, chose tragique, à la gauche des Anglais, à notre droite, la tête de colonne des cuirassiers se cabra avec une clameur effroyable. Parvenus au point culminant de la crête, effrénés, tout à leur furie et à leur course d’extermination sur les carrés et les canons, les cuirassiers venaient d’apercevoir, entre eux et les Anglais, un fossé, une fosse. C’était le chemin creux d’Ohain.
L’instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus ; le second rang y poussa le premier, et le troisième y poussa le second ; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur leur croupe, glissaient les quatre pieds en l’air, pilant et bouleversant les cavaliers, aucun moyen de reculer, toute la colonne n’était plus qu’un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français, le ravin inexorable ne pouvait se rendre que comblé : cavaliers et chevaux y roulèrent pêle-mêle, se broyant les uns les autres, ne faisant qu’une chair dans ce gouffre, et quand cette fosse fut pleine d’hommes vivants, on marcha dessus et le reste passa. Presque un tiers de la brigade Dubois croula dans cet abîme. Ceci commença la perte de la bataille. » Les Misérables IIe part., liv. I, ch. 9.
Comparez à ce récit poétique, je ne dis pas celui d’écrivains allemands ou anglais, qui pourraient paraître portés à atténuer l’importance de la prétendue cause de défaite mise en avant par Victor Hugo, mais celui d’historiens français tels que Thiers, ou encore Charras qui, peut-être, a fourni à V. Hugo le thème du chemin creux dans les lignes mêmes qui en montrent l’inanité :
« Ney, écrit Charras, s’était mis à la tête des escadrons cuirassés. Les boulets, puis la mitraille furent impuissants à les émouvoir. Ils atteignirent la crête. Ney les dirigeait, en suivant le côté ouest du contrefort où prenait naissance le vallon de Goumont et celui de la Haie Sainte. Il évitait ainsi d’aller tomber dans la partie encaissée du chemin d’Ohain. » (Hist. de la campagne de 1815, p. 278, Bruxelles 1857.)