Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Quel moment encore pour l'expression et pour le pathétique que celui où Armide est quittée par Renaud! Elle qui naguère avait à ses ordres tout l'empire d'amour, qui voulait être aimée et qui haïssait les amants, qui n'aimait qu'elle, ou qui n'aimait en autrui que l'effet du pouvoir de ses yeux536; maintenant méprisée, trahie, abandonnée, elle suit celui qui la fuit et la méprise; elle tâche d'orner par ses larmes le don de sa beauté refusé pour lui-même... Elle envoie devant elle ses cris pour messagers, et elle ne le joint que lorsqu'il a joint le rivage537. Forcenée, elle s'écrie: «O toi qui emportes avec toi une partie de moi-même, et qui en laisses une partie, ou prends l'une, ou rend l'autre, ou donne en même temps la mort à toutes les deux»..... Elle arrive auprès de Renaud, et avant de lui parler, elle soupire: «Comme un musicien habile qui, avant de chanter, prélude à voix basse pour préparer l'attention de ses auditeurs538.» Comparaison précieuse et un peu froide peut-être, mais délicieusement exprimée, et ce qui vaut encore mieux, conforme à ce trait bien saisi du caractère d'Armide, qui même dans l'amertume de sa douleur n'oublie pas ses artifices et ses ruses539.