Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Après quelques rencontres, les unes fâcheuses, les autres agréables, que Théophile raconte avec une originalité soutenue, et qu'il entremêle de digressions et de traits satiriques pleins d'une vivacité piquante, Berthe et Milon arrivent à un port de mer où ils s'embarquent pour l'Italie797. Parmi les passagers qui se trouvaient sur le même vaisseau, était un seigneur calabrois, nommé Raimond, qui trouve Berthe fort à son gré, ne la perd pas de vue, et paraît toujours occupé d'elle. Il s'y trouvait aussi un magicien très-savant, par qui Milon se fit dire sa bonne aventure. Ce magicien, sans le connaître, lui prédit la naissance de son fils Roland, et les grands exploits par lesquels ce fils se rendra célèbre, et la guerre que les Sarrazins d'Afrique et d'Espagne déclareront à la France, et le besoin que l'empereur aura de tous ses braves, et le rappel de Milon, et la faveur de son fils, et la naissance, les exploits, la faveur des fils d'Aimon, et les grandes familles italiennes qui naîtront de chacun d'eux...... En ce moment le Calabrois Raimond, l'œil toujours fixé sur sa proie, voit Berthe qui s'est endormie, se lève, la prend dans ses bras, saute avec elle dans un esquif, coupe le câble, et tandis que Milon, laissant là son prophète, s'est armé pour courir au secours, qu'il casse bras et jambes à tout ce qui veut s'opposer à son passage, le vaisseau cingle d'un côté, l'esquif de l'autre, et la malheureuse Berthe reste en pleine mer à la merci du ravisseur798. Il veut user de sa victoire, elle le laisse venir, feint même de céder, et au moment où il s'y attend le moins, elle lui plonge un couteau dans le cœur; elle redouble; il tombe mort; elle le jette à la mer. Restée seule dans cette barque, elle adresse à Dieu une prière fervente, mais que tout le monde ne croirait pas propre à obtenir un miracle. «Je sais, dit-elle799799, que ma vie coupable et chargée de crimes ne mérite point de pitié, mais je t'implore pour cette innocente créature que je porte dans mon sein. C'est à toi que j'ai recours, et non à Pierre, ni à André800; je n'ai pas besoin d'intermédiaire auprès de toi. Je sais bien que la Cananéenne ne supplia ni Jacques ni Pierre; c'est en toi seule, souveraine bonté, qu'elle mit sa confiance. J'espère en toi comme elle, et je n'espère qu'en toi..... Je ne veux point tomber dans la même erreur que cet imbécille vulgaire, rempli de superstition et de folie801, qui fait des vœux à un Gothard, à un Roch, qui fait plus de cas d'eux que de toi, parce qu'un moine, souvent adorateur de Moloch, a l'adresse de tirer de gros profits des sacrifices offerts à ta mère, reine des cieux. Sous une écorce de piété, ils font d'abondantes moissons d'argent, et ce sont les autels de Marie qui assouvissent l'impie avidité des prélats avares. C'est d'eux encore que vient la loi qui me force de déposer chaque année dans l'oreille d'autrui l'aveu de mes fautes, qui fait que si je suis jeune et belle, le frère qui m'écoute se tourmente, etc., etc.» Je suis forcé de mettre en et cætera ce que le poëte dit très-clairement802. «Mon Dieu, dit en finissant la pauvre Berthe, si tu daignes me sauver des flots irrités qui m'environnent, je fais vœu de ne jamais ajouter foi à ceux qui accordent les indulgences pour de l'argent803.»