Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Lorsque l'action commence, on voit Charlemagne, nouvellement déclaré empereur, passer son temps en fêtes, en bals et en tournois788. Berthe, sa sœur, est éprise du chevalier Milon d'Anglante, le plus brave et le plus aimable des douze premiers preux; il l'aime aussi secrètement; mais il ose à peine s'avouer sa hardiesse; ils ne peuvent ni se parler, ni même se voir. Berthe, qui a tout pouvoir sur l'empereur son frère, obtient de lui qu'il donne un grand tournoi, où elle espère du moins voir briller la valeur du chevalier qu'elle aime. Avant le véritable tournoi, l'empereur s'amuse à en voir un tout-à-fait ridicule. Une vieille, montée sur un âne éclopé, ouvre la fête en sonnant du cor789. Ogier le Danois se présente grotesquement armé, sur un vieux mulet maigre; Morand, autre chevalier, armé de même, monte une pauvre cavale estropiée des quatre jambes: Rampal vient sur un petit ânon tout jeune, et qui n'a travaillé que vingt ans dans un couvent de moines. Aimon et Otton, frères de Milon, sont chacun sur une vache; ils ont la tête armée de hautes cornes, et sont tout barbouillés de noir. Beuves et Regnier montent à crû deux étalons efflanqués et galeux; Huon de Bordeaux est sur une charrette traînée par un seul bœuf malade; le duc Naimes lui sert d'écuyer et conduit le char. Les armes sont à l'avenant des montures. C'est une citrouille pour casque, une corneille vivante pour cimier, des fourches et des broches pour lances, un chaudron ou une casserole pour bouclier. Le combat répond à tout cet appareil. Il est chaudement décrit, et plein de détails vraiment risibles. Il s'y mêle une aventure d'amour, non pas entre des chevaliers et des dames, mais entre les montures de deux combattants. L'ânon de Rampal flaire de trop près la cavale de Morand. Ce qui s'en suit, et dont le poëte ne dissimule aucune circonstance, fait éclater de rire les dames de la cour qui voient tout en feignant de ne rien regarder790. Berthe seule ne rit point. Chagrine de n'avoir pas vu Milon, choquée de cette farce avilissante pour la chevalerie, et surtout de cette scène indécente de l'âne, elle quitte la place, se retire dans son appartement et se met au lit.