Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Quoique cette multitude immense de poëmes de toute espèce dont la Grèce fut comme inondée, ait été dévorée par le temps, et quoique les auteurs grecs qui en parlent n'aient le plus souvent pris d'autre peine que de les nommer, nous ne manquons cependant pas assez de lumières sur cet objet pour ignorer quel fut en Grèce le goût pour les poëmes héroï-comiques764. Le plus connu, quoiqu'il n'en soit rien resté, est le Margitès, que Platon et Aristote attribuent trop positivement à Homère, pour que l'on puisse douter qu'il ne fût de lui. Margitès était un homme simple jusqu'au ridicule765, qui n'avait jamais pu, dit-on, apprendre à compter au-delà du nombre cinq; qui, s'étant marié, n'osait toucher sa femme de peur qu'elle ne s'allât plaindre à sa mère; qui, étant homme fait, ne savait pas encore lequel de son père ou de sa mère était accouché de lui, et dont les traits d'esprit dans ce genre vont si loin, que je suis obligé de m'arrêter à celui-là. Le chantre du divin Achille prit ce lourdaud pour héros d'un de ses poëmes. Dans quelque style qu'il l'eût écrit, ce ne put jamais être qu'un poëme burlesque; et, si l'on veut partager méthodiquement en diverses classes cette sorte d'épopée, on peut dire que, dans le Margitès, et dans les poëmes de la même espèce, le ridicule naît des actions mêmes et du sujet à qui on les prête, plus que la manière d'imiter, ou du style. Tout l'art y consiste à savoir représenter ces sortes d'actions et les charger de circonstances qui, sans s'écarter de la vraisemblance poétique, soient propres à exciter le rire766.