Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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On ne doit pas s'étonner si ce poëme, où de grandes beautés de l'ancien sont conservées, où il y en a beaucoup de nouvelles, obtint toutes les préférences de son auteur, et si, lorsqu'il parut, il eut pour lui d'assez nombreux suffrages. Mais il faut s'étonner encore moins qu'on lui préfère la première Jérusalem, avec toutes ses imperfections et ses aimables défauts. L'un des plus intimes amis du Tasse, le père Angelo Grillo, auteur lui-même de poésies très-estimées, fit entre ces deux ouvrages un parallèle, et prononça un jugement auquel le goût ne peut refuser de souscrire. «Il me paraît, dit-il751, que le Tasse gagne autant du côté de l'art et de la conduite dans la Jérusalem conquise, qu'il excelle dans la Jérusalem délivrée en grâces et en ornements. Quant aux choses qui appartiennent à l'unité et à l'essence même de la poésie, il a voulu, dans ce second poëme, s'attacher de plus près à l'exemple d'Homère et de Virgile, quoique, dans le premier, il ne se fût pas éloigné des préceptes d'Aristote. Il a mieux lié entre eux les matériaux dont quelques-uns ne paraissaient unis que par le temps et pour ainsi dire par l'instant même, lien très-faible et qui appartient plus au roman qu'au poëme héroïque. Il a conduit plus fidèlement la poésie sur les pas de l'histoire. Il a corrigé quelques endroits où l'action principale était trop suspendue.... Il a supprimé l'épisode d'Olinde et de Sophronie comme trop lyrique, trop peu lié, et trop tôt introduit, quoiqu'il y en ait de semblables dans Virgile et dans Homère qui ne tiennent pas beaucoup à la fable. Il a retranché avec soin ce qu'il y avait de trop passionné, particulièrement dans les artifices d'Armide, et dans les erreurs de Tancrède et d'Herminie752, qu'il appelle Nicée: il s'est ainsi moins éloigné du sujet, et il a mieux servi la religion et la piété chrétienne, but qu'il s'est principalement proposé dans tout ce nouveau travail. Ces perfections de l'art et d'autres semblables que j'ai cru observer dans la Jérusalem conquise, me font regarder ce poëme comme meilleur, de même que je regarde l'autre comme plus beau. Mais, malgré tout ce que j'ai dit, si l'on doit juger meilleurs les poëmes qui plaisent le plus, qui sont généralement lus de tout le monde, et qui passent non-seulement de provinces en provinces, mais d'âges en âges, d'idiomes en idiomes, je dirai que comme la Jérusalem délivrée est plus belle que la Jérusalem conquise, elle est aussi la meilleure.»