Note 749 — D'ITALIE. (continued 2)
Reading edition
Note 749:
(retour)
Le passage que j'indique ici est doublement remarquable, et par le sens direct qu'il avait alors, et par l'allusion frappante qu'on y a saisie depuis. Alors, en 1593, la France était livrée aux horreurs de la guerre civile; Henri III était tombé, en 1589, sous
un poignard catholique
749a
; Henri-le-Grand son successeur combattait encore les fureurs de la ligue, soutenues et fomentées par les excommunications de deux papes, Sixte V et Grégoire XIV. Le Tasse, trop immédiatement placé sous l'influence pontificale lorsqu'il termina son poëme, parlant, dans cette vision, des papes de son temps, et principalement de Sixte V, qui avait le premier excommunié Henri, dit que ce grand pape se félicite moins dans le ciel du monument rival de l'Olympe qu'il avait eu la gloire d'achever (l'église de Saint-Pierre), que d'avoir laissé après lui un pontife destiné à tempérer la rigueur et la terreur de ses lois, un père et un pasteur des rois, soutien du monde, et ministre du Dieu qui en fait reposer sur lui tout le poids:
Che d'aver dato a le severe leggi Chi suo rigor contempre e suo spavento; Padre a' regi e pastor, sostegno al mondo, Ministro a Dio, ch'in lui n'appoggia il pondo. (St. 75.)
Cette manière de caractériser Clément VIII, alors régnant, prouverait qu'il était dès ce temps-là (1593), disposé à lever l'excommunication, qu'il leva en effet en 1595, mais seulement au mois de septembre, quatre mois après la mort du Tasse. Le poëte ajoute ensuite cette stance entière sur l'état où se trouvait la France, le meurtre récent d'un de ses rois, et la foudre romaine dont l'autre était frappé:
La Francia, adorna or da natura ed arte, Squallida allor vedrassi in manto negro. Nè d'empio oltraggio inviolata parte, Nè loco dal furor rimaso integro; Vedova la corona, afflitte e sparte Le sue fortune, e 'l regno percosso ed egro, E di stirpe real percosso e tronco Il più bel ramo, e fulminato il tronco.
A une époque récente, on a trouvé que cet octave contenait une prédiction singulièrement exacte de la révolution française au temps de la terreur. Mais le Tasse alla plus loin dans l'octave suivante; il soutint le droit que les papes s'étaient audacieusement arrogé de disposer des couronnes, de donner, comme il le dit, le roi au royaume, et le royaume au roi:
.... Ei solo il re può dare al regno, E 'l regno al re, domi i tiranni e i mostri, E placarli del cielo i grave sdegno. (St. 76.)
Ces vers étaient faits pour exciter en France une juste indignation dès qu'ils y seraient connus. En effet, Abel l'Angelier ayant donné à Paris, en 1595, une édition in-12 de la Jérusalem conquise (voyez ci-dessus, p. 292, note 2), elle fut condamnée et supprimée par un arrêt du parlement de Paris. Apostolo Zeno nous l'apprend dans une lettre à son frère Catarino Zeno. Il avait reçu de Hollande cette édition avec d'autres livres rares, et il en attribue avec raison la rareté à cet arrêt de suppression, dont il donne la date et les motifs. Les motifs sont les dix-huit vers cités ci-dessus, condamnés, selon l'expression de l'arrêt, comme contenant des idées contraires à l'autorité du roi et au bien du royaume, et comme attentoires à l'honneur du feu roi Henri III et du roi régnant Henri IV, «qui n'était pas encore, ajoute l'auteur de la lettre, admis cette année-là au giron de l'église romaine, ni absous de ses censures.» Il le fut peu de temps après, car l'arrêt est du 1er septembre, et l'absolution du pape fut donnée à Rome le 17 du même mois. Et qui sait si, dans les dispositions pacifiques où nous avons vu qu'était déjà Clément VIII, l'acte de fermeté du premier parlement du royaume n'accéléra point l'absolution? Quoi qu'il en soit, Apostolo Zeno cite pour autorités Dupin, qui parle de cet arrêt dans son Traité de la puissance ecclésiastique et temporelle, imprimé en 1717, in-8º., et plus particulièrement le livre intitulé: Preuves des libertés de l'église gallicane, où cet arrêt est rapporté dans son entier, p. 154 et 155, t. I, seconde édition, Paris, 1651, in-fol. (Voyez Lettres d'Apostolo Zeno, t. II, p. 161.) Serassi a cité tout ce passage à l'article de cette édition de la Jérusalem conquise, dans le Catalogue général des Œuvres du Tasse, à la fin de sa Vie, p. 572.