Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
Reading edition
Tancrède voit tout cela sans y rien comprendre et il poursuit sa route. Le lecteur ne le comprend pas plus que lui, à moins qu'il n'ait lu saint Thomas. Ce docteur aussi inintelligible que célèbre, dans un de ses opuscules735, où il traite de l'amour de Dieu et du prochain, parle de cinq fontaines ou sources mystérieuses, qui signifient les cinq genres de la substance sensible, dans lesquels elle est divisée, comme en cinq ruisseaux différents. La première source indique le cinquième corps ou la quintessence qui sort des parties supérieures pour aller jusqu'aux inférieures; au-dessous est l'élément du feu, ensuite celui de l'air, puis l'élément de l'eau, et enfin le plus bas de tous, la terre. La première source est donc toute substance métaphysique ou surnaturelle, d'où dérivent les accidents, comme causes de leurs effets, etc. Le Tasse, malheureusement trop livré dans ses dernières années aux études théologiques, triomphait d'avoir placé dans son poëme ces fontaines allégoriques, qu'il croyait dignes d'autant de célébrité que les fontaines de Merlin736. Il voulut peut-être remplir, par ces belles inventions thomistes, le vide que laissait dans ce chant la scène pastorale qu'il en avait retranchée: mais saint Thomas est encore plus contraire à l'épopée que ne le peuvent être des bergers.