Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Godefroy, pendant son sommeil, est averti par une vision ou par un songe des moyens de rappeler Renaud sans compromettre sa dignité. Ce songe s'identifie dans l'esprit du Tasse avec celui de Scipion, ou Platon semble avoir dicté à Cicéron ce que celui-ci met dans la bouche de Scipion l'Africain. Des hauteurs du ciel, ou plutôt de son génie, le poëte regarde comme eux la petitesse de notre terre, l'espace étroit de nos grandeurs, de nos empires, et ne voit qu'ombre et fumée dans notre gloire666. Les deux chevaliers que Godefroy envoie rasent, dans leur navigation rapide, les côtes d'Afrique et passent à la vue des ruines de Carthage. Celles d'Egine, de Mégare et de Corinthe avaient jadis inspiré à un ami de Cicéron667 de grandes et hautes pensées; Sannazar les avait, depuis, étendues dans de beaux vers et appliquées à Carthage; le Tasse s'est emparé des vers de Sannazar et les a surpassés de bien loin, dans cette belle octave, où nous voyons mourir les cités, mourir les royaumes, et le sable et l'herbe couvrir notre faste et nos pompes vaines; où, frappés de cette grande leçon, nous nous voyons nous-mêmes avec pitié et avec mépris, nous indigner d'être mortels668! Il ne paraît jamais plus à l'aise que quand son sujet l'appelle à penser et à s'exprimer sur ce ton, il semble alors qu'il est dans son élément et qu'il parle son langage.