Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
Reading edition
J'ai peut-être fait comme Renaud, je me suis trop arrêté dans les jardins d'Armide. S'il est difficile d'en sortir, il l'est peut-être encore plus d'y conserver assez de raison pour ne s'en pas laisser tout-à-fait éblouir et pour y distinguer, de la belle et riche nature, les purs effets de la baguette et les mensonges de l'art. D'autres beautés répandues dans toutes les parties du poëme n'exigent point cet effort; je veux parler surtout des traits sublimes, qui sont en si grand nombre et qui attestent si évidemment cette tendance habituelle du génie du Tasse vers les hautes régions du Beau idéal. On la voit, dès l'invocation du poëme adressée à cette Muse «qui n'a point sur l'Hélicon le front ceint d'un laurier périssable662, mais qui là-haut, parmi les chœurs célestes, porte une couronne d'or et d'étoiles immortelles;» on la voit dans la manière neuve et vraiment sublime dont se fait l'exposition, dans ce regard que l'Eternel jette sur la Syrie et sur l'armée chrétienne663, regard qui pénètre au fond des cœurs de tous les chefs, qui nous y fait pénétrer nous-mêmes et nous fait connaître ainsi, dès le début, non-seulement les personnages, mais les caractères; enfin, sans parler des morceaux et des épisodes entiers qui semblent dictés par cette aspiration continuelle vers le grand, le beau et l'honnête, on la voit dans un nombre infini de pensées et de sentiments, quelquefois indiqués par l'attitude seule ou par l'expression du visage, comme lorsque Renaud, averti par Tancrède que Godefroy veut le faire arrêter, sourit avant de répondre664, et qu'un courroux dédaigneux éclate à travers ce sourire; quelquefois énoncés dans le style le plus noble et le plus poétique, comme sont ceux de ce vieillard qui montre au même héros, à peine échappé des bras d'Armide, notre vrai bien, non dans les plaines agréables, parmi les fontaines et les fleurs, au milieu des nymphes et des syrènes, mais sur la cime du mont escarpé où habite la Vertu665.