Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Ce qui suit n'est plus un portrait; c'est un personnage en action; depuis ce moment jusqu'à la fin, Armide agit avec ce caractère artificieux que le poëte lui a donné; mais bientôt il s'y joint une passion réelle et profonde qui la saisit au milieu de ses artifices, et la rend digne de pitié. Après les succès qu'elle a obtenus dans le camp des chrétiens, et l'affront qu'elle a reçu de Renaud, et la vengeance qu'elle en a voulu tirer, et l'amour qui l'est venu surprendre dans l'acte même de sa vengeance, tenant enfin en son pouvoir le jeune héros qu'elle aime, elle se croit sûre de le posséder long-temps, quand les deux chevaliers chrétiens pénètrent dans le séjour délicieux où elle l'enivre et s'enivre elle-même de volupté652. L'Arioste n'a mis dans son Alcine et autour d'elle que les plaisirs du libertinage; le Tasse a voulu peindre dans son Armide les jouissances de l'amour. Les deux amants sont seuls dans ces beaux jardins; elle est assise sur l'herbe tendre, et lui, renversé sur ses genoux, dans l'attitude où Lucrèce nous peint le dieu Mars sur ceux de Vénus653. «Son voile partagé laisse voir les trésors de son sein; ses cheveux flottent en désordre au gré du vent; elle languit de caresses, et des gouttes d'une sueur limpide rendent plus vif l'incarnat de son teint. Un rire pétillant et lascif étincelle dans ses yeux, comme un rayon brille dans l'onde. Elle se penche sur lui, et il pose mollement la tête sur son sein, le visage levé vers son visage. Il repaît avidement ses regards affamés et fixés sur elle; il se consume et meurt d'amour. Elle s'incline souvent, et tantôt prend de doux baisers sur ses yeux, tantôt les aspire sur ses lèvres. On l'entend alors soupirer si profondément que l'on croit son ame prête à lui échapper et à passer en elle. Les deux guerriers cachés contemplent cette scène d'amour.» Il faudrait être insensible comme eux pour lire, sans en être ému, cette description si brûlante et si vraie.