Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Il ne faut pas cependant tout-à-fait condamner le Tasse. Il a craint en élevant trop Renaud, de rabaisser les autres héros chrétiens, et d'avilir le caractère de Godefroy. La valeur seule ne peut venir à bout de prendre Jérusalem. Il faut, suivant l'usage du temps, des machines qui ébranlent et qui abattent les murs. Une seule forêt peut fournir le bois nécessaire pour la construction de ces machines. Ismen enchante cette forêt, où les chrétiens ne peuvent plus pénétrer. Ceux qui s'y présentent sont effrayés par des apparitions et des prodiges extraordinaires. Ce sont des bruits souterrains, des tremblements de terre, des rugissements et des hurlements de bêtes féroces; puis des feux dévorants, des murs enflammés, des monstres affreux qui les gardent. Les travailleurs d'abord, et ensuite les soldats envoyés par Godefroy sont repoussés, et répandent leur effroi dans toute l'armée. Alcaste, chef des Helvétiens, homme d'une témérité stupide, dit le Tasse, qui méprisait également les mortels et la mort592, et que rien jusque-là n'avait épouvanté, se présente et ne peut soutenir l'aspect de ces horribles fantômes. Tancrède enfin, l'intrépide Tancrède, n'est effrayé ni du bruit, ni des faux, ni des monstres; mais lorsqu'il croit avoir franchi toutes les barrières, prêt à couper l'arbre fatal, il en entend sortir les sons plaintifs de la voix de Clorinde; l'amour et la pitié font en lui ce que la crainte n'avait pu faire: il cède; et Godefroy, frappé de son récit, veut aller tenter lui-même l'aventure de la forêt; mais Pierre le Vénérable l'arrête, lui parle d'un ton prophétique, et lui fait entendre que c'est à Renaud que cet exploit est réservé. Dudon lui apparaît en songe, lui annonce que tel est l'ordre du ciel, et lui commande, non pas d'ordonner de lui-même le retour du fils de Bertholde, mais de l'accorder aux prières de son oncle Guelfe, à qui Dieu inspire en même temps de le demander. Ainsi, ni la valeur des guerriers chrétiens, ni l'autorité du général ne sont compromises. Renaud revient, et, supérieur à la crainte, vainqueur de la pitié même, il coupe le myrte et dissipe l'enchantement.