← Table of contents
Histoire littéraire d'Italie (5/9)

Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)

Reading edition

Si cette partie du merveilleux y peut donner lieu à quelques objections, la manière dont toute la fable est conduite ne demande point grâce; elle commande l'admiration et l'éloge. L'événement qui fait le sujet du poëme était alors d'un intérêt général. La pacification du reste de l'Europe, comme le remarque fort bien M. Denina586, n'y avait guère laissé aux chrétiens d'autres ennemis que les Turcs. Une confédération s'était formée contre eux; ils furent battus à Lépante, à l'époque même587 où le Tasse, à peine âgé de vingt-deux ans, commençait à s'occuper sérieusement de son poëme. Cette guerre, en ramenant toutes les conversations sur les Turcs, les ramenait aussi sur les anciennes croisades. Il y avait à peine un siècle qu'on avait été sur le point d'en former une nouvelle588, et bien des gens espéraient encore voir renaître quelques-unes de ces cruelles et superstitieuses extravagances. Entraîné par l'esprit de son siècle, et par des sentiments religieux qu'il ne contint pas toujours dans de justes bornes, le Tasse le désirait lui-même; on le voit dans une de ses lettres; Horace Lombardelli en avait écrit une à un de leurs amis communs589, au sujet de la Jérusalem délivrée. Il y désapprouvait ce titre, et l'un de ses motifs, bon ou mauvais, était que les Turcs en pourraient faire un sujet de raillerie contre les chrétiens qui avaient reperdu Jérusalem. Le Tasse, en lui écrivant à ce sujet, dit qu'il ne croit point à ces plaisanteries turques, mais qu'au reste des railleries capables d'irriter le généreux courroux des chrétiens ne seraient pas inutiles590; et même au commencement de son poëme, il promet au duc Alphonse que si le peuple chrétien jouit enfin de la paix, et se rassemble pour enlever aux infidèles leur grande et injuste proie, il sera choisi pour chef de l'entreprise591.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings