Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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En prenant pour sujet un fait historique, le Tasse n'oublia point que la fiction n'est pas seulement un des ornements du poëme épique, mais qu'elle en est l'ame, l'essence, qu'elle est la qualité intrinsèque et distinctive qui le différencie de l'histoire. Il créa une machine poétique ou du merveilleux tiré de la religion qui avait fait entreprendre la conquête qu'il voulait célébrer, et d'une autre source où tant de poëtes avaient puisé avant lui, qu'elle était devenue en quelque sorte une mythologie populaire, presque aussi généralement accréditée dans les esprits, ou du moins aussi connue que la religion même, je veux dire la magie. Il n'y en avait point, on le sait bien, au temps de cette croisade584; d'autres folies, ou d'autres sottises régnaient alors, et l'on y voyait ni imposteurs qui se prétendissent magiciens, ni peuples trompés qui y crussent; mais les premiers poëtes épiques, ayant adopté ces inventions du Nord585, les avaient si communément employées, y avaient si bien familiarisé les esprits, que l'anachronisme était effacé en quelque manière par l'habitude et par la popularité. Dieu et les intelligences célestes, ministres de ses ordres, furent donc dans le poëme du Tasse les agents surnaturels, protecteurs de la sainte entreprise; les anges de ténèbres dont elle contrariait les desseins, furent chargés d'y mettre obstacle: la baguette des enchanteurs suscita contre les guerriers de Dieu le désordre des éléments et les orages des passions; en un mot, l'Éternel et ses anges d'un côté, les démons et les magiciens de l'autre, formèrent ce merveilleux qui dans l'épopée dirige le cours des événements, tandis que dans l'histoire, ils sont l'effet immédiat, quelquefois de la prudence, et trop souvent de la folie, ou de la perversité humaine.