Note (retour) — D'ITALIE. (continued 2)
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Ma raison sait bien qu'Armide n'a jamais existé, que tous les prestiges dont le poëte l'environne sont de pure invention comme elle, qu'un magicien mahométan n'a point enchanté une forêt, qu'un magicien presque chrétien n'a point conduit deux chevaliers dans le sein de la terre pour leur donner un repas magnifique, servi par cent et cent ministres adroits et empressés, et pour leur faire des récits que l'on peut bien appeler de l'autre monde; mais ma mémoire me rappelle que dans un siècle de fanatisme militaire et religieux, il se fit de ces expéditions lointaines que l'on a nommées croisades, que des guerriers inspirés et poussés par ce double mobile, y firent des choses extraordinaires. C'est le dénoûment de l'une de ces expéditions, c'est la conquête de la ville célèbre où fut le tombeau du Christ, qu'un poëte chrétien me raconte. Il mêle à son récit les inventions de son art; mais la vérité est au fond du vase qu'il me présente. D'un autre côté, cette vérité en elle-même aurait peut-être pour moi peu d'attrait; quelquefois elle me paraîtrait amère, et je pourrais repousser loin de moi ces folies pieuses, mais dévastatrices et sanglantes; mais le génie a enduit les bords du vase d'une si douce liqueur582, qu'il y retient mes lèvres attachées, et que je ne le quitte qu'après l'avoir épuisé tout entier.