Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 3)
Reading edition
Marc, à la fin de son discours, nomme trois hommes justes et fermes qui restent encore comme des modèles des mœurs antiques, mais qui ne peuvent arrêter le torrent. Après qu'il s'est retiré, en voyant le crépuscule du soir blanchir le brouillard qui l'enveloppe, Dante sort lui-même de cette brume épaisse, et revoit le beau spectacle du soleil à son couchant 215. Son imagination en est si fortement émue qu'il tombe dans une rêverie profonde. Il s'étonne lui-même de la force de cette imagination impérieuse qui le poursuit. «O imagination! s'écrie-t-il, toi qui enlèves souvent l'homme à lui-même, au point qu'il n'entend pas mille trompettes qui sonnent autour de lui, qu'est-ce donc qui t'excite? Qui fait naître en toi des objets que les sens ne te présentent pas?» La réponse qu'il fait à cette question n'est pas fort claire. «Ce qui t'excite, dit-il, est une lumière qui se forme dans le ciel, ou d'elle-même, ou par une volonté qui la conduit ici-bas 216.» Alors, on se payait dans l'école de ces mots qu'on croyait entendre, et l'on avait fait de cette sorte de solutions une science où Dante était très-versé. Mais il n'y a lumière céleste qui puisse expliquer l'incohérence des objets que réunit cette espèce de vision. Ce sont purement des rêves, et les rêves d'un esprit malade. Il voit la métamorphose de Philomèle en oiseau. Cet objet disparaît, et il lui tombe dans la pensée 217 un homme crucifié: c'est l'impie Aman qui garde dans son supplice son air fier et dédaigneux, devant le grand Assuérus, Esther et le juste Mardochée. Cette image se dissipe d'elle-même comme une bulle d'eau qui s'évapore, et dans sa vision s'élève alors la jeune Lavinie, qui reproche tendrement à sa mère de s'être tuée pour elle.