Note (retour) — Par P.L. GINGUENÉ, (continued 3)
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Les deux voyageurs traversent dans sa largeur ce quatrième cercle. Ils trouvent sur l'autre bord une source bouillonnante, dont l'eau trouble et noirâtre descend dans le cercle inférieur, et y forme le marais du Styx. Des ombres nues et furieuses sont plongées dans la fange de ce marais; elles se frappent non seulement des mains, mais de la tête, de la poitrine, des pieds, et se déchirent par morceaux avec les dents 61. Ce sont les ombres des hommes qui ont été sujets à la colère. Il y en a qui sont plus enfoncées encore, et qui font bouillonner la fange en voulant exhaler, du fond où elles sont plongées, des plaintes qu'on ne peut entendre. Dante et Virgile descendent au cinquième cercle, en suivant le cours du ruisseau. A l'entrée de ce cercle, et sur le bord du Styx, ils trouvent une tour, au haut de laquelle brillent deux flammes 62. Une troisième répond à ce signal. Aussitôt ils voient à travers la fumée qui couvre le marais, venir à eux une barque conduite par Phlégias, chargé de faire passer le Styx aux âmes qui se présentent. Ils entrent dans la barque. Quand ils sont au milieu du marais, couvert de ces âmes qui se frappent et se déchirent, une d'elles se lève, saisit le bord de la barque, et veut y entrer. Dante et Virgile la repoussent. Virgile félicite son élève de la colère qu'il vient de montrer; il l'embrasse, et bénit celle qui l'a porté dans ses flancs. Cet homme, lui dit-il, fut rempli d'orgueil, et n'a laissé la mémoire d'aucun acte de bonté; aussi son ombre est-elle toujours en fureur. Combien n'y a-t-il pas là haut de grands rois qui seront ici plongés comme des porcs dans la fange 63! Dante voudrait voir cette ombre replongée dans le limon bourbeux; ce désir est satisfait. Tous les autres damnés se réunissent contre ce misérable; tous crient à Philippe Argenti; et cet esprit bizarre se mord de ses propres dents.