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Histoire du XIXe siècle (volume 3/3)

Note 31 — LIVRE PREMIER FRANCE. — ITALIE. — RUSSIE

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Tous ceux qui ont lu cette première édition, tant corrigée depuis, ont reculé. A-t-il vu l’Amérique du Nord ? On pourrait en douter. Il ne peint que le paysage des tropiques. Le pays dont il parle, avec ses prairies tremblantes, ses cyprès chauves et sa mousse (la barbe espagnole) est absolument différent. Ces vaines descriptions n’ont de but que l’effort d’imiter gauchement Bernardin de Saint-Pierre, et de nous inonder d’un grossier déluge néologique. La pauvre langue française a subi deux fois en ce siècle ces mélanges barbares, qu’on pourrait comparer à l’opération dangereuse de la transfusion du sang pratiquée par des chirurgiens maladroits.

Je me suis toujours tenu très loin de cette école, sachant que les nouveautés nécessaires à la langue si riche de Rabelais, Molière, Voltaire et Diderot, ne peuvent être introduites qu’avec précaution et en fort petit nombre, à mesure que des idées nouvelles commandent de nouvelles locutions. Dans mon éducation classique, j’avais eu le bonheur d’être averti là-dessus par mon professeur M. Villemain, à qui on a rendu une justice bien avare et vraiment parcimonieuse. Il avait été d’abord secrétaire de M. de Narbonne, l’homme le plus spirituel d’alors, bien plus que Talleyrand, dont on a tant parlé. M. de Narbonne, qu’on croyait fils de Louis XV et de madame Adélaïde, fut longtemps l’ami préféré de madame de Staël, et Bonaparte l’envoya en Russie avant la fatale expédition pour essayer sur Alexandre les séductions de l’esprit français. Cet esprit, celui du dix-huitième siècle, brillait, avec de Narbonne, dans le salon de la mère de M. Villemain, qui était fort bonne pour moi. Celui-ci avait dû (à son protecteur peut-être) une brillante occasion qui fut un malheur pour sa vie, M. de Humboldt ayant mené Alexandre et les souverains du Nord à l’Institut, ce corps, non averti de cet honneur et fort embarrassé, eut l’idée gracieuse de les faire haranguer par un enfant (M. Villemain) qui déjà venait d’y remporter un prix. Il s’en tira si bien (avec une adresse fort digne) qu’on ne le lui a jamais pardonné. Destitué par M. de Villèle et par les ultra-royalistes, il fut longtemps sans fonction publique autre que l’enseignement de la Sorbonne. Il y donna pendant trente ans le spectacle si rare d’une improvisation réelle (les autres étaient si préparées !). Lui, on lui voyait faire, lancer de véritables étincelles qui surprenaient tous et lui-même. Mais en même temps, ce grand improvisateur était le plus patient écrivain. On l’a vu par son Grégoire VII, œuvre laborieuse, d’un travail fin, et fort libéral (pour ce temps). Une main pieuse vient enfin de publier cet important ouvrage. Plus d’une fois il me fit l’honneur de m’en lire des morceaux, des additions, qui venaient tout à coup, de sorte que j’admirais en lui deux choses qui semblent contraires : la soudaineté et la patience.

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