Note 2 — LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME. MOSCOU.
Reading edition
Orages subits qui enveloppent toute la Pologne. Tout à coup, dans la soirée du 28[2], ces conditions climatériques cessèrent brusquement. Le ciel se couvrit de nuages, et une suite d'orages épouvantables enveloppa la Pologne presque entière. Des torrents de pluie inondèrent les terres, et les amollirent sous les pieds des hommes et des chevaux. Pour comble de malheur, la température changea comme l'aspect du ciel, et devint tout à coup aussi froide qu'humide. Pendant les trois journées du 29 juin au 1er juillet, le temps fut affreux, et les bivouacs devinrent extrêmement pénibles, car il fallut coucher dans une espèce de fange. Beaucoup d'hommes jeunes furent atteints de dyssenterie, et ils le durent non-seulement au rapide changement de la température, mais aussi à une nourriture composée presque uniquement de viande, et souvent de viande de porc. Une partie des divisions du maréchal Davout, qui étaient encore en marche sur Wilna le 29, toute la garde qui les suivait, se trouvant sans abri, car on avait à peine de quoi loger les états-majors dans les rares habitations du pays, eurent de grandes souffrances à essuyer. Les troupes des maréchaux Ney et Oudinot, à la gauche de la Wilia, ne jouirent pas d'un temps meilleur, mais souffrirent un peu moins, parce que le pays qu'elles traversaient n'avait été visité ni par les Russes ni par les Français. Le prince Eugène interrompu dans le passage du Niémen. À droite, les souffrances du corps du prince Eugène, qui en ce moment passait le Niémen, furent plus grandes encore. Le pont avait été jeté le 29 au soir, et une division avait déjà franchi le Niémen, lorsqu'un orage, violent, torrentueux, mêlé de vent, de grêle et de tonnerre, comme les orages des tropiques, emportant les tentes, obligeant les cavaliers à mettre pied à terre, les fantassins à se serrer les uns aux autres, causa une sorte de saisissement universel. On ne pouvait pas même se coucher à terre au milieu de cette inondation. Le passage fut interrompu, et on resta pendant quarante-huit heures une moitié au delà du fleuve, et une autre moitié en deçà. Les Bavarois surtout, qui avaient beaucoup marché et fait une grande consommation de porc, contractèrent en cette occasion le germe d'une dyssenterie qui leur devint bientôt funeste.