Note 26 — LIVRE QUARANTIÈME. S D'OÑORO. (continued 4)
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C'est dans ces occasions que le jugement sûr, l'opiniâtre caractère de Masséna déploient toute leur puissance. Montbrun, Loison, Marchand, Mermet ne demandent qu'à le seconder. Au moment de commencer la nouvelle attaque, le général Éblé vient annoncer que les munitions manquent. Mais au moment de renouveler l'attaque, et de décider la victoire par un dernier coup de vigueur, le général Éblé vient annoncer avec douleur qu'il reste très-peu de cartouches, Bessières n'en ayant point apporté, et ses trente attelages n'ayant servi qu'à conduire sur le champ de bataille quelques bouches à feu de plus. On estime qu'en réunissant tout ce qu'il y a encore de cartouches chaque soldat en aura à peine trente. Or ce n'est pas assez pour un combat qui sera désespéré de la part des Anglais, surtout si, la journée n'étant pas décisive, il faut continuer à combattre, ou pour se retirer, ou pour suivre l'ennemi. Devant cette difficulté déterminante pour tout autre, Masséna ne se décourage pas; il se résigne à attendre jusqu'au lendemain matin, comptant que les Anglais n'auront pas changé de position, et certain qu'ils n'auront pas pu se renforcer, car Picton avec la 3e division est indispensable à Fuentès d'Oñoro, Campbell avec la 6e à Alaméda, Dunlop avec la 5e au fort de la Conception. Nécessité de se procurer des munitions avant de reprendre la bataille. Il n'aura le lendemain matin devant lui que Crawfurd, Spencer et les Portugais, et il est résolu à leur porter un de ces coups terribles, comme il en porta jadis à Rivoli, à Zurich, à Caldiéro[26]. Il consent donc à ces quelques heures de repos qui lui procureront des munitions. Le maréchal Bessières alléguant l'épuisement de ses attelages, on remet au lendemain pour aller chercher des munitions à Ciudad-Rodrigo. En conséquence, il ordonne d'envoyer en toute hâte les attelages de Bessières à Ciudad-Rodrigo pour aller chercher des cartouches et des vivres, et de distribuer aux troupes une partie du convoi destiné à Alméida. Mais Bessières alléguant la triste raison de l'épuisement de ses attelages, qui ont marché sans relâche depuis plusieurs jours, qui ne pourront pas traîner le fardeau dont on les chargera, résiste à Masséna jusqu'à l'emportement. La fortune du vieux guerrier semblait avoir un peu fléchi depuis la retraite du Portugal; on ne lui aurait pas résisté il y a six mois, on lui tient tête aujourd'hui! Que faire? Masséna doit-il encore briser l'épée de Bessières, après avoir brisé celle de Ney? Il y a des difficultés devant lesquelles les plus grands caractères sont obligés de plier. Masséna, pour prévenir de nouveaux éclats, consent à remettre au lendemain matin l'envoi de ses caissons à Ciudad-Rodrigo, et couche sur le champ de bataille avec ses troupes, bivouaquant à portée de fusil des Anglais, et mangeant les vivres qu'on avait préparés pour Alméida.