← Table of contents
Histoire des salons de Paris (Tome 4/6)

Note 174 — SECONDE PARTIE. (continued 2)

Reading edition

Amélie ne distingua rien d'abord de ce qui était au-dessous d'elle. C'était comme un vaste hangar, une cour couverte, pleine de ballots, de caisses... des faisceaux d'armes étaient dans un coin de cette halle... des voiles de vaisseaux, un vaste drapeau étaient suspendus au-dessus de la voûte et flottaient agités par le vent, qui pénétrait dans cette salle immense, malgré les portes en planches qui la fermaient. Des centaines de bougies jetaient une vive lumière, et dans le premier moment Amélie éblouïe ne put rien distinguer; mais insensiblement son œil s'accoutuma à distinguer les objets qui étaient au-dessous d'elle... et, d'abord, elle vit ces ballots et ces caisses, ces armes, ces drapeaux... Mais un grand bruit qui se faisait entendre sans qu'elle pût voir ce qui le produisait lui inspira plus de curiosité que le reste... Tout à coup un éclat brillant frappe ses yeux, il est suivi de vives acclamations... Amélie voit enfin au-dessous d'elle une table immense qui occupe le milieu de cette halle... autour de cette table sont assis au moins cent hommes vêtus de bleu, portant l'habit et le chapeau de marin[174]. Il y avait aussi d'autres hommes vêtus comme les paysans le sont en France. Parmi eux, Amélie reconnut les deux hommes de la côte voisine qu'Henri paraissait connaître le jour où il l'y conduisit... Enfin, ses yeux familiarisés parcourent la table une autre fois... elle y trouve des figures étranges, des costumes bizarres, mais rien qui puisse justifier l'intérêt qui l'a conduite en ce lieu... Elle allait descendre de son observatoire et demander à Annette ce qu'elle voulait lui montrer, lorsque tout à coup un cri étouffé lui échappe... ses yeux ont rencontré un objet... Mais non, ce n'est pas lui... Dieu puissant, ce ne peut être Henri, son Henri, là... au milieu de ces misérables... hurlant dans la fureur de l'ivresse et blasphémant les noms les plus saints... Mais elle ne peut plus douter... c'est Henri, c'est bien lui... Dieu tout-puissant!... il est assis sur un siége plus élevé... il est habillé comme eux... et même il les préside... il partage leurs excès... il dirige l'orgie!... il est enfin un de ceux qu'Amélie a sous les yeux... Pendant une demi-heure, peut-être, elle demeura clouée à cette fatale fenêtre, où sa destinée l'avait amenée... Ce qu'elle vit, ce qu'elle entendit la convainquit, hélas! qu'elle ne rêvait pas, et que la réalité était là devant elle!... La sensation qu'elle éprouva fut d'une telle nature, qu'elle crut un moment mourir en voyant Henri, cet homme qu'elle aimait, cet homme dont elle portait le nom, présider une orgie de brigands!... et réserver pour ces hommes le sourire de ses lèvres et la joie de son cœur... oui... Amélie crut mourir... Au moment où elle allait quitter cette fenêtre qui lui avait montré son malheur, quelques voix seulement se faisaient entendre.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings