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Histoire des salons de Paris (Tome 4/6)

Note 1 — Au Public, LE LIBRAIRE-ÉDITEUR.

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Personne, dans l'intimité de l'intérieur consulaire, ne pouvait mieux en effet que madame de Montesson diriger la nouvelle maîtresse des Tuileries dans son noviciat. Elle avait une grande connaissance des usages de la Cour, quoiqu'elle n'y fût pas admise après son mariage avec le duc d'Orléans[1].—Sa politesse était parfaite, quoique toujours digne et convenable; sa conversation avait du charme; enfin on trouvait qu'il y en avait beaucoup dans sa société, et sa maison était alors la plus remarquable et même la seule qu'on pût citer à Paris à cette époque. Je n'ai jamais entendu une autre opinion sur elle, si ce n'est de la part de ses deux beaux-fils, MM. de Saint-Albin et de Saint-Far; cette haine, car ils en avaient pour elle, venait de loin. Ils avaient été fort irrités contre elle par son mariage avec le duc d'Orléans. Ils prétendaient qu'il devait épouser leur mère, qui lui avait donné trois enfants; or, cette mère était une assez mauvaise danseuse de l'opéra et s'appelait autrefois mademoiselle Marquise (c'était son nom de guerre). Il était assez difficile de faire entrer cela, même du côté gauche, dans la famille des premiers princes du sang... Aussi n'en fit-on rien. On lui acheta une belle terre, celle de Villemonble, tout à côté du Raincy, pour conserver un peu de romanesque à la chose; c'était bien le moins, puisqu'on ne la rendait pas légitime,—et puis on fit mademoiselle Marquise marquise de Villemonble. Bien des gens trouvèrent que cela avait l'air d'une mauvaise plaisanterie.—Mais la nouvelle châtelaine s'en arrangea très-bien:—elle avait de bonnes rentes, comme disent ces dames de l'opéra; elle donnait d'excellents dîners, eut une maison fort bien montée, et si elle n'était pas au premier rang, elle fut au moins pour les hommes une des bonnes maisons de Paris; et puis, la manière dont elle avait été traitée l'autorisait à laisser croire que peut-être elle était mariée secrètement avec le prince. Le soin qu'il prit de ses trois enfants, les noms qu'il donna aux deux garçons, noms toujours affectés avec de riches bénéfices aux bâtards d'Orléans depuis qu'il n'y avait plus de Dunois,—tout cela pouvait laisser croire que la jolie danseuse était devenue princesse,—elle ne le disait pas, mais elle le laissait dire... Tel était l'état des choses, lorsque le mariage du duc d'Orléans avec madame de Montesson, public quoique secret, par toute l'insistance que mit le prince à obtenir le consentement du Roi, vint renverser et détruire l'innocent mensonge de mademoiselle Marquise, marquise de Villemonble. Ses fils, quoique parfaitement traités par madame de Montesson, ce dont j'ai été témoin, n'en avaient aucune reconnaissance et parlaient fort mal d'elle, surtout M. de Saint-Far. M. de Saint-Albin avait plus de mesure que son frère. Il en avait pour cela, c'est-à-dire, car pour le reste c'était encore plus extravagant; pour leur état de prêtre, par exemple, la chose était inconcevable: c'était à croire qu'ils étaient tous deux de la religion du royaume de Tonquin, plutôt que des prêtres chrétiens.—C'était le seul reproche que madame de Montesson se permît hautement de leur faire.

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