Note 80 — Au Public, LE LIBRAIRE-ÉDITEUR. (continued 2)
Reading edition
Madame de Genlis était devenue une personne non-seulement supérieure dans la littérature courante, mais sa place était désormais marquée au premier rang de l'époque littéraire où elle écrivait. Mais je crois que cette place eût été de tous points plus noblement conquise, si elle avait moins crié après ses ennemis. Madame de Staël a eu plus de détracteurs que madame de Genlis, et madame de Staël a toujours gardé un noble silence; une fois ou deux dans tout le cours de sa vie littéraire elle répondit, je crois, et encore parce que son père était attaqué. Mais madame de Genlis répondait dans des brochures qu'elle faisait imprimer exprès, et surtout écrites avec de l'acrimonie et de l'humeur, ce qui éternisait la querelle... Elle se plaignait surtout de plagiats qui étaient un peu rêvés[80]. Ainsi, par exemple, elle se plaint de ce que M. A. Duval a fait de la Curieuse, une comédie du Théâtre d'éducation, son drame d'Édouard en Écosse. Quel rapport y a-t-il entre une petite fille qui mérite d'avoir un bonnet d'âne pour écouter aux portes, un jeune homme qui se cache pour un duel, je crois; et une femme d'un parti, qui voit devant elle, dans sa demeure, le chef du parti ennemi, le dernier des Stuarts, couvert de haillons et lui demandant du pain!... Cette situation est une des plus tragiques, une des plus touchantes qu'on puisse mettre à la scène, et d'ailleurs M. Duval avait devant lui le livre de l'histoire dans lequel il pouvait facilement prendre son sujet sans se faire de querelle et sans soumettre son imagination à une sorte de torture pour former son sujet à la position d'un autre plan, dans lequel il ne se trouve d'ailleurs d'autre ressemblance que deux hommes qui se cachent... Ceci me rappelle une histoire qui me fut racontée par M. Lenormand d'Étiolles, qui en savait et en faisait de bonnes et de salées, comme dit Saint-Simon.