Note 131 — Au Public, LE LIBRAIRE-ÉDITEUR. (continued 2)
Reading edition
Dussaulx était un des hommes les plus habiles, pour critiquer un livre, que j'aie connus, Hoffmann et M. de Feletz exceptés... Il y avait une moquerie sérieuse et consciencieuse dans la critique de Dussaulx, qui portait un coup mortel à celui qu'il frappait. Sa critique était terrible, parce qu'elle était toujours juste. Comme son esprit était fort remarquable, il ne manquait pas de saisir le côté ridicule de la pièce ou du livre, et il partait d'un point vrai. Il lisait avant de faire son article, et ne chargeait pas, comme je sais que font beaucoup de critiques, un secrétaire de lire pour eux, ou bien une maîtresse, une femme, une sœur dont les unes s'endorment quelquefois sur le livre qu'elles ne comprennent pas, et l'autre ne lit pas toujours ce qu'il doit lire pour faire son extrait. Dussaulx était critique comme Colnet, par exemple... Voilà encore un critique qui connaissait les devoirs d'un critique; il savait, comme Dussaulx et comme Salgues[131], aussi dire du mal du livre sans dire du mal de l'auteur: il est vrai que c'est la chose difficile en critique. Rien n'est plus aisé à mettre au bout de sa plume que des sottises grossières et très-souvent mensongères; mais une critique saine, éclairée, voilà ce qui prend un temps qu'on ne veut pas lui donner. On va en chemin de fer sur la route de la critique... Il suit de là qu'on ne voit et qu'on n'entend pas ce qu'on lit et ce qu'on écrit, et que souvent on parle à faux d'une chose qui n'est même pas dans votre livre. Cela m'est arrivé à moi, ainsi vous pouvez m'en croire.