Note 122 — Au Public, LE LIBRAIRE-ÉDITEUR. (continued 2)
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Les fugitifs abordèrent en Amérique, et furent d'abord à Boston. Là, se trouva une retraite pour eux. Mais quel changement pour la femme à la mode, jeune, jolie, gâtée par une louange continuelle sur sa beauté et ses talents[122]! M. de Latour-du-Pin adorait sa femme. Il ne lui reprochait pas ses succès; il en avait joui, car jamais ils n'avaient altéré ses devoirs. Mais à présent, sur la terre de l'exil, à quoi lui serviraient-ils? Une étude approfondie de la Bonne Fermière de M. Parmentier lui semblait préférable à un rondeau de Clementi[123] ou à la Coquette d'Hermann[124]. Tout en étant heureux de la voir échappée à tous ces périls qu'il avait tant redoutés pour elle, M. de Latour-du-Pin gémissait sur l'avenir de sa femme; mais, en bon père et en bon mari, il s'occupait à le rendre moins sombre que celui de beaucoup d'émigrés qui mouraient de faim, quand le peu d'argent qu'ils avaient emporté avec eux était épuisé. Il ne savait pas l'anglais; mais madame de Latour-du-Pin le parlait à merveille. Ils logeaient chez une dame Muller qui était une bonne bourgeoise américaine[125] pleine d'attention et même d'admiration pour madame de Latour-du-Pin. Son mari craignait pour elle l'ennui des conversations éternelles de cette femme. Quelle différence de celles de M. de Narbonne, de M. de Talleyrand, de cette fleur de la noblesse et de la bonne compagnie de France! Quand M. de Latour-du-Pin pensait à cette transition si triste et qu'il y pensait loin de sa femme, tout en labourant le jardin de la chaumière qu'ils allaient habiter, il lui venait au cœur une telle douleur qu'il n'osait lever les yeux sur sa femme en rentrant chez madame Muller, de peur de trouver les siens rouges et gros de larmes.