Note 118 — Au Public, LE LIBRAIRE-ÉDITEUR. (continued 2)
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Le cardinal Maury était un homme supérieur, mais son beau talent ne fut pas le fruit de la Révolution; il n'est pas un homme de cette époque, quoiqu'il y ait marqué: la Révolution développa seulement de grandes qualités, qu'on avait jusqu'alors ignorées en lui. C'est ainsi qu'il fit voir le courage le plus remarquable devant la mort[118], lui dont l'état était la paix et la vie tranquille; quels que fussent les périls de sa position, comme le cardinal de Retz, il fut toujours à leur hauteur. Son esprit, lumineux et lucide, était à la fois ferme, vif et sage. La rapidité de son coup d'œil intellectuel, jeté sur une affaire, quelque compliquée qu'elle fût, y répandait bientôt la clarté... Peut-être son écorce était-elle épaisse et rude, mais non pas assez cependant pour que dans la conversation la plus ordinaire il ne jaillît de cet esprit, en apparence si acerbe, des mots, des anecdotes piquantes... Il contait bien, mais à sa manière, et son coloris ne serait peut-être pas bon à donner aux tableaux qu'on peindrait d'après lui; cependant sa conversation était d'un haut intérêt lorsqu'on savait la diriger, quoiqu'il n'eût rien de léger dans l'esprit. C'est l'homme de son époque[119] qui écrivait avec le plus de pureté et qui se connût le mieux en style. Quant à son caractère politique et privé, c'est autre chose... Le premier était incorruptible à l'appât des richesses, quoiqu'il fût fort avare; mais il avait de l'intégrité, et s'il faiblissait devant une séduction, c'était celle que lui offrait l'ambition satisfaite. Ayant peu de besoins pour lui-même, car il était négligé jusqu'au cynisme, l'argent n'ébranla jamais sa probité, qui ensuite était naturelle chez lui.