Note 67 — SALON DE BARRAS À PARIS ET À GROSBOIS.
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En écoutant cet homme qui parlait ainsi d'un accent convaincant, car sa voix était ferme et résolue et sa volonté se traduisait dans chacun de ses mouvements... Eh bien! c'était pourtant presque la même époque, et l'an VII et l'an VIII étaient bien près de l'an III et de l'an II... Mais le feu de cette âme était éteint; et, lorsque Sieyès entra au Directoire et qu'il écrasa Barras du poids de son insolent dictatoriat, Barras ne sut que plier, pour ne pas quitter une place pour lui plus ravissante cent fois que les plus belles espérances; Sieyès[67] le gagna et entra au Luxembourg. Ce fut alors que Barras, prévoyant une révolution, la voulut encore à son profit. Il traita, dit-on, avec Louis XVIII pour la rentrée des Bourbons, aimant mieux l'un d'eux pour maître que l'abbé Sieyès, et cela, je le conçois... Ce fut le duc de Fleury[68] qui porta les propositions du Roi à David Monnier... C'était un coup de parti pour les loyalistes de trouver un directeur pour eux. S'il échoue, disait le duc de Fleury, nous dirons: Cela n'a rien d'étonnant; un Paria a voulu toucher à l'Arche sainte, il a été foudroyé... S'il réussit, c'est parce qu'il était un des nôtres qu'il a réussi, dirons-nous également... De toutes manières, c'est convenable. La version qui alors courut, et qui depuis a pris une créance qui est actuellement une vérité, fut que David Monnier servit d'agent intermédiaire entre les princes et Barras. Il y eut plus que des paroles, et des lettres furent écrites. Barras avait peur que le Roi ne lui pardonnât pas sa conduite, et ses craintes étaient en proportion de ce que sa conscience avait à se reprocher... Mais des promesses furent faites, et Barras s'engagea selon cette version qui paraît positive à rétablir la monarchie en France; on prétend[69] que Barras ignorait que Monnier sollicitait pour lui: je ne le crois pas... Cette version dit ensuite que Barras travailla à l'amener les Bourbons en France... Ils avaient un parti assez fort à cette époque, et le club de Clichy travaillait avec ardeur... Déjà les partis avaient même une couleur, un signe de reconnaissance. Les jeunes gens royalistes portaient une redingote grise, et les cheveux poudrés et relevés par derrière pour rappeler la terreur et les cheveux coupés... Les jeunes gens de la république avaient des redingotes bleues et les cheveux à la Titus... Des rencontres meurtrières avaient eu lieu, et un jeune homme à la redingote grise fut jeté dans le grand bassin des Tuileries et entièrement noyé... ses misérables meurtriers ne quittèrent le bassin que lorsqu'il ne respira plus... Malgré le nombre dominant du parti républicain, Barras espérait encore à la fin de l'an VII: l'expérience avait prouvé, depuis 92, que le nombre ne fait pas la force. Barras, ennuyé de lutter contre toute l'Europe, allait enfin lui offrir un motif de paix et d'union, lorsque tout à coup l'arrivée de Bonaparte est annoncée. Il est débarqué à Cannes... il va bientôt être à Paris. Lucien, qui depuis une année lui avait préparé les voies et travaillait pour lui dans le Conseil des Cinq-Cents, Lucien, que Barras ne considérait que comme un jeune homme fougueux, le joua complètement. Le 29 vendémiaire an VIII, c'est-à-dire dix-neuf jours avant le 18 brumaire, Barras était encore à croire que son plan réussirait, et pourtant Bonaparte était ici. Mais obligé de feindre, parce qu'il était entouré d'hommes envieux et jaloux de sa gloire, comme Bernadotte, Bonaparte devait travailler en conséquence de son péril... Quant à ce que la version dit de la confidence que Barras fit au général Bonaparte de ses projets, c'est complètement faux, comme de la force armée qu'il aurait mise à sa disposition pour faire une révolution. Pour dire une pareille absurdité, il faut même n'avoir entendu aucune des personnes qui vivent encore et ont été témoins du 18 brumaire, n'avoir lu aucun des livres qui parlent de cette époque; on sait comment Bonaparte a fait le 18 brumaire. Il l'a fait à lui seul[70], à l'aide de la haine qu'on avait pour le Directoire, et peut-être bien aussi de cette sottise paresseuse des Directeurs, dont à la vérité deux étaient déjà gagnés, Sieyès, le plus important de tous, et Royer-Ducos. Tandis que le 18 et le 19 brumaire ils étaient prisonniers dans leur propre palais, et même au secret, une femme, un ange toujours fidèle au malheur, madame Tallien, pénétra par séduction ou par effort jusqu'au lieu où le faible Barras délibérait sous les verrous que Moreau avait tirés sur lui avec son épée...