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Histoire des salons de Paris (Tome 3/6)

Note 58 — SALON DE BARRAS À PARIS ET À GROSBOIS.

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Ce discours, digne des jours du terrorisme, appela sur Barras toutes les plaisanteries, les sarcasmes les plus amers du club de Clichy.—Un journaliste, l'abbé Poncelin, homme assez obscur, osa écrire quelque chose, n'importe où, contre Barras... Ce fut sa perte. Barras était roi à cette époque, tout en anathématisant la royauté. Que faire à un homme, cependant, pour venger une injure personnelle, dans un pays où l'égalité, la liberté de la presse et de la pensée, sont proclamées!... Des agens de police attirèrent l'abbé Poncelin au Luxembourg...; on le fit entrer dans une pièce reculée, et là, au lieu de ce qu'il s'attendait à trouver, il fut reçu par les aides-de-camp du directeur[58] et contraint de se mettre à genoux, de demander pardon; le malheureux fut ensuite fustigé de la plus cruelle manière, et jeté à la porte presque mourant. Fiévée, fort jeune alors, était rédacteur de la Gazette de France, dont Poncelin était propriétaire; il eut le noble courage de se porter accusateur de cet attentat vraiment indigne. Une plainte contre le Directoire fut portée chez le juge de paix de la section du Luxembourg, qui, à son tour, eut le courage de la recevoir; mais Poncelin, qui montra par-là qu'il méritait son châtiment, intimidé ou gagné, retira sa plainte et arrêta la poursuite de cette affaire. Toutefois, elle avait éveillé la haine d'abord, et détruit le peu de respect qu'on portait à ce gouvernement. Barras surtout, dont les vices et la conduite déréglée donnaient plus de prise à la critique, et même au blâme, fut attaqué par Villot, député de l'Escaut au Conseil des Cinq-Cents, qui prétendit qu'en 1791 Barras avait déclaré au Châtelet n'avoir que trente-trois ans:—il n'avait donc pas l'âge pour être directeur. Dès le lendemain, Barras prouva le contraire par un acte de naissance... Mais toutes ces discussions étaient mortelles pour le grand corps de l'État, qui, attaqué au-dehors, dévoré au-dedans par des guerres civiles et des discordes, devait nécessairement tomber, et tel eût été son sort si, en effet, Napoléon ne fût pas revenu de l'Égypte. Et cependant on célébrait chaque jour des fêtes nationales: outre cette fête épouvantable du 21 janvier, on en avait une autre plus indigne encore... le Directoire la fit abolir... c'était la fête de la Raison...

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