Note 28 — BAL DES VICTIMES. (JANVIER 1795.)
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Mademoiselle Raucourt[28] était une personne d'une beauté achevée. Née en 1750 à Nancy, elle avait quarante-trois ans lorsqu'elle fut arrêtée, et elle était encore belle à étonner à ce moment. Sa beauté avait fait son premier succès. Naturellement très-forte, le timbre de sa voix s'en était ressenti, et il était souvent rauque et dur; sa diction était juste, mais ses intonations ne l'étaient pas toujours. Elle avait reçu une bonne éducation, et voulut suivre la carrière du théâtre: à dix-sept ans elle quitta Nancy, et alla débuter à Pétersbourg; à vingt-deux ans elle revint à Paris, et débuta dans les rôles de Didon, Émilie, Idamé, etc. Jamais une plus belle femme n'avait paru sur le théâtre: elle excita une admiration folle et passionnée; on payait une place de parterre UN LOUIS, somme énorme pour ce temps-là. Elle eut une vogue qu'aucune actrice n'a vu se renouveler depuis. Les présents les plus riches, les cadeaux les plus ingénieux, les dons les plus rares, lui furent prodigués. Madame Dubarry lui donna un jour, à Versailles, après une représentation où elle avait joué Mérope avec une grande perfection, un collier de diamants, estimé 10,000 francs.