Note 2 — SALON DE MADAME ROLAND.
Reading edition
Il est remarquable de suivre dans leur vie intime, matérielle et intellectuelle tout à la fois, les êtres qui ont rempli un grand rôle sur le théâtre du monde. Il semble que dans les moments où l'âme doit s'oublier pour être tout entière à l'humaine nature, on doit découvrir des nuances qui changeront la couleur sous laquelle on voit le personnage qu'on étudie. Madame Roland provoque elle-même cette étude. Elle raconte ses années d'enfance, ses rêves, ses souhaits, ses désirs de jeune fille, son désir de travail, son occupation constante et l'emploi de son temps toujours bien rempli. C'est avec la même candeur qu'elle raconte comment la jeune fille qui dessinait, gravait, s'occupait de mathématiques, cette même jeune fille, du moment où sa mère était malade, passait tout son temps auprès d'elle... et lorsque dans un moment pressant la cuisinière de la famille était trop occupée, elle descendait paisiblement, sans nul embarras, chercher une poignée de persil chez la fruitière du coin[2], parlant à tout le monde, et tout le monde aussi charmé de voir cette jeune et belle fille, souriante et gracieuse, remplir, sans montrer le chagrin d'une vanité blessée, l'emploi d'une servante: tant il est vrai qu'on fait soi-même la position dans laquelle on se trouve.