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Histoire des salons de Paris (Tome 1/6)

Note 82 — SALON DE MADAME NECKER. 1787.

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En ce moment, on annonça le souper. C'était l'heure particulière de l'agrément de la maison de madame Necker. Avant cette heure, où ordinairement les personnes les plus froides prennent une sorte d'aisance et de laisser aller, il régnait toujours chez madame Necker un air solennel, maintenu par elle et M. Necker; il y avait une glace que toute la chaleur active et mouvante de leur fille ne pouvait fondre... mais l'heure du souper était celle des bons contes: chacun en faisait; ce n'était pas une grosse joie, mais une réunion de gens joyeux; enfin, on s'y amusait, tandis que, malgré le génie de madame de Staël, l'esprit de madame Necker et le talent de M. Necker, on parvenait à s'ennuyer pendant les lectures et les discussions littéraires du soir; mais au souper cela n'arrivait jamais... Ce soir-là on était préoccupé des événements qui se préparaient. Le 6 octobre venait d'avoir lieu, et le plus sinistre avenir se montrait à tous les yeux!... Madame de Staël, dont le beau talent voyait tout comme le plus habile publiciste, fronçait souvent le sourcil devant une réflexion plus ou moins sombre qui passait menaçante dans son esprit... Quant à madame Necker, toujours égale dans son humeur, quoique tremblante pour le sort de M. Necker, mais résignée et confiante en Dieu, elle ne paraissait nullement troublée... Debout[82] devant cette table que son mari et sa fille présidaient pour elle, elle n'en était pas moins l'âme de ces réunions vraiment remarquables par leur composition... M. Necker, malgré les occupations qui réclamaient de lui travail ou repos, tenait le fauteuil de président, et paraissait toujours écouter madame Necker avec un grand intérêt... La conversation devint générale: on parla théâtre, littérature, politique, et tout cela sans bruit, avec des paroles qui ne voulaient pas persuader en étant injurieuses; il y avait conversation enfin, et jamais dispute. Quelquefois, cependant, Marmontel élevait la voix avec une sorte de rudesse qui tenait à sa personne[83] plutôt qu'à ses manières... il parlait vivement, et M. de La Harpe, toujours dans les bornes, lui répondait doucement, quoiqu'avec aigreur lorsqu'il était poussé trop avant dans ses retranchements. La discussion était sur des pièces données au public de Paris, très-difficile encore à cette époque, et qui faisait justice des mauvaises choses... Marmontel prétendait que l'on y mettait de l'esprit de parti, et qu'on sifflait les pièces qui ne flattaient pas l'esprit public.

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