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Histoire des salons de Paris (Tome 1/6)

Note 61 — SALON DE MADAME NECKER. 1787.

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Et son regard se promena circulairement sur le groupe de femmes assises près l'une de l'autre qui les entouraient... Toutes, excepté l'ange de duchesse de Lauzun, sourirent avec une malice plus mordante que la phrase la plus claire. Madame de Genlis comprit toute l'étendue de cette attaque muette; elle connaissait la valeur de tout ce qui frappait, et elle savait bien que souvent une histoire racontée sur quelqu'un lui est plus nuisible, dès qu'il s'y trouve du ridicule, que si cette même personne était attaquée sous le rapport de l'honneur... Les conséquences de cette visite devaient être ensuite d'autant plus connues dans le monde, que madame de Genlis allait peu chez madame Necker... Madame de Staël avait été conduite un jour à Bellechasse, par sa mère, pour y voir madame de Genlis... Son âme noble et franche, son bon cœur, et plus que tout, son génie, qui se révélait à elle, lui avait montré dans madame de Genlis ce qu'elle était en effet, une femme supérieure[61]. Alors elle s'était livrée à son enthousiasme, non pas, je crois, en baisant les mains de madame de Genlis, comme elle le dit elle-même dans ses Mémoires (tome III, page 317), mais en lui témoignant son admiration avec cette chaleur d'expression que nous lui avons tous reconnue, et qu'elle devait avoir à un degré bien puissant à l'âge de seize ans qu'elle avait alors... Quant à madame de Genlis, elle ne vit pas s'élever près d'elle une femme qui présageait une gloire assez lumineuse pour en déverser une partie des rayons sur toutes les femmes de son siècle, sans un sentiment de mauvaise nature. Sous le prétexte qu'elle n'aimait pas les personnes exaltées, madame de Genlis s'éloigna de madame Necker et de sa fille, et ne fut pour elles qu'une simple connaissance; en apparence du moins, car au fond elle était leur ennemie, et sa haine pour madame de Staël se fit jour en dépit de ses efforts pour la cacher, et se montra jusque dans les plus petites circonstances[62]... Au moment de cette soirée chez madame Necker, elle ne cachait même pas ses sentiments[63], et ce qu'avait dit M. Necker, pour l'histoire qu'elle attribuait à M. de Chastellux, répandue par elle, était commenté de la manière la plus moqueuse. Madame de Staël, instruite de ces particularités, et franche autant qu'elle était passionnée, était depuis ce temps d'une froideur même insolente avec madame de Genlis. Un mot que celle-ci avait eu la maladresse de dire sur M. Necker avait été la déclaration de guerre, et l'hostilité était complète entre ces deux femmes... Madame de Staël avait pour son père surtout une de ces affections qui n'accordent aucune transaction.

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