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Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 5 / 7)

Note 10 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845)

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Avec le temps, cette énergie du pouvoir ne devait pas être sans effet sur les cours d'assises. On s'en apercevra, dès les premiers mois de 1842, au nombre plus grand des condamnations. Toutefois, le plus sûr moyen d'obtenir une répression était encore de soustraire les accusés au jury. C'est pour ce motif que l'attentat contre le duc d'Aumale fut déféré à la cour des pairs. L'instruction avait révélé que le crime était le résultat d'un complot tramé dans les bas-fonds de la démagogie communiste et jetait un jour sinistre sur ces régions où la bourgeoisie régnante n'avait pas l'habitude de porter ses regards. Par plus d'un côté le spectacle était effrayant, et les observateurs sceptiques eux-mêmes, comme Henri Heine, en concluaient que «le jour n'était pas éloigné où toute la comédie bourgeoise en France, avec ses héros et comparses de la scène parlementaire, prendrait une fin terrible au milieu des sifflements et des huées, et qu'on jouerait ensuite un épilogue intitulé le Règne des communistes[10]»! Quénisset, tête faible et exaltée, s'était laissé affilier avec un cérémonial terrifiant à la société secrète des Égalitaires. Échauffé, perverti, dominé par les meneurs de cette société, il avait reçu d'eux, au dernier moment, l'ordre de faire le coup. Tous ces meneurs furent compris dans la poursuite. À ces criminels d'origine grossière, l'accusation accola un complice d'un ordre différent, M. Dupoty, rédacteur du Journal du peuple. Ce bon vivant, rasé de frais, bien ganté, portant manchettes, breloques et bijoux avec la recherche un peu ridicule d'un dameret suranné, prêchait dans ses articles, sous des apparences de bonhomie triviale, les plus détestables doctrines, fomentait les plus dangereuses passions. C'était le Journal du peuple qu'on lisait de préférence dans les réunions des Égalitaires, et Quénisset déclarait lui-même qu'il avait été «perdu» par cette lecture. Il y avait là les éléments d'une responsabilité morale évidente. Le parquet alla plus loin. Dans les articles, en effet fort suspects, que Dupoty avait publiés la veille et le lendemain de l'attentat, dans la lettre que lui avait écrite de la prison l'un des accusés, on crut trouver la preuve d'une complicité légale. Les journaux opposants, stupéfaits et furieux de voir ainsi mettre en question l'impunité de leurs habituelles excitations, prirent à grand bruit fait et cause pour Dupoty et déclarèrent solennellement la liberté de la presse en danger. Pour se poser en défenseurs du droit, ils affectèrent de croire que l'accusation inventait une nouvelle complicité, la «complicité morale», et ces mots, une fois jetés dans la polémique, fournirent texte à des déclamations sans fin. M. Hébert, qui faisait en cette affaire ses débuts de procureur général, ne se laissa pas troubler par ce tapage. Les pairs, convaincus par sa pressante dialectique, reconnurent, le 23 décembre 1841, par 133 voix contre 22, non la complicité morale, mais la complicité réelle de Dupoty, et lui infligèrent cinq années de détention. Quénisset et deux de ses compagnons furent condamnés à mort: leur peine devait être commuée peu après par la clémence du Roi. Les autres furent frappés de châtiments variant de la déportation perpétuelle à la détention temporaire. Les cent bouches de la presse dénoncèrent aussitôt la condamnation de Dupoty comme un scandale juridique! Une protestation fut rédigée et publiée à laquelle adhérèrent seize journaux de nuances diverses, radicaux, légitimistes et appartenant à la gauche dynastique[11].

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