Note 108 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845)
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Cette division semblait délivrer le ministère du risque d'être mis en minorité par la coalition de la gauche et du centre gauche. Était-ce pour l'exposer à un danger plus proche? Plusieurs le pensaient. Au premier moment, le sentiment général fut même que cette évolution de l'ancien ministre du 1er mars cachait une manœuvre pour se rapprocher personnellement du pouvoir, et l'on se demandait si M. Guizot ne courait pas plus de risque d'être supplanté par M. Thiers, rentré dans les bonnes grâces du Roi, que d'être renversé par M. Thiers, chef de l'opposition. «M. Thiers, écrivait M. Rossi dans la chronique politique de la Revue des Deux Mondes, n'est plus le candidat de la coalition, c'est un ministre du 11 octobre qui se trouve en disponibilité; le ministère peut en redouter le secours plus qu'il n'en redoutait les attaques.» À gauche, le Siècle disait avec une méfiance non déguisée: «M. Thiers ne souffrira pas qu'on le soupçonne un seul jour de s'être baissé pour recevoir l'héritage souillé du ministre des défections.» Du bord opposé, le Journal des Débats, tout en rendant hommage au discours du 20 août, déclarait, d'un ton gêné, qu'il ne voulait pas examiner si ce discours couvrait quelque manœuvre[108]. M. Thiers se défendait, il est vrai, de toute arrière-pensée de ce genre, et, dès le 22 août, il faisait dire par le Constitutionnel: «On prétend que M. Thiers a agi en vue du pouvoir... Nous répondrons qu'il ne songe pas à prendre le pouvoir... Il s'est déterminé par des raisons plus hautes et plus profondes; il a vu l'intérêt de la dynastie, l'intérêt du pays; il s'est souvenu de 1830.» D'ailleurs, pour que la manœuvre pût réussir, il eût fallu la complicité du Roi: or rien ne permettait à l'ancien ministre du 1er mars de compter sur cette complicité. On racontait alors, chez le duc de Broglie, que M. Thiers, après son discours, s'était rendu aux Tuileries pour y recevoir les compliments auxquels il avait droit; le Roi les fit très chauds, très abondants; seulement il ajouta: «Maintenant, il faut soutenir mon cabinet[109].» Ce n'était probablement pas ce qu'attendait son visiteur.