Note 102 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845)
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Que s'était-il donc passé, pour que M. Odilon Barrot fît ainsi le contraire de ce qu'il avait promis à M. Thiers? La veille, la gauche avait été vivement agitée par le discours de M. de Lamartine, d'autant que celui-ci avait habilement flatté ses préventions, éveillé ses jalousies, en faisant deux parts de l'opposition: d'un côté, les intrigants et les ambitieux, c'est-à-dire M. Thiers; de l'autre, les honnêtes gens et les hommes de principes, c'est-à-dire M. Odilon Barrot. Dans la nuit, quelques députés de ce parti, M. de Tocqueville en tête, étaient venus trouver M. Barrot pour lui signifier qu'il eût à changer d'allure et à se séparer de M. Thiers en défendant l'amendement à outrance. Après une courte résistance, M. Barrot avait fini par céder. Seulement, embarrassé de sa situation, il n'avait pas osé prévenir M. Thiers. Celui-ci sortit de la séance d'autant plus irrité qu'il était plus surpris. «Ce que vient de faire Barrot est indigne, disait-il à M. Duvergier de Hauranne et à M. de Rémusat. Je sais combien il est faible et je ne lui en veux pas. Mais j'en veux à ceux qui l'ont poussé et qui l'ont ainsi conduit à rompre, même sans m'en avertir, une convention faite entre nous. Croyez-moi, mes amis, nous nous sommes trompés; il n'y a rien à faire avec ces gens-là.» Vainement M. Duvergier de Hauranne, effrayé de la portée de cette dernière phrase, faisait-il observer «qu'un mauvais procédé ne devait pas faire légèrement abandonner un plan de conduite adopté depuis deux ans»; son chef, tout entier à son ressentiment, ne l'écoutait pas[102].