Note 100 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845)
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Le 19 août, la discussion continua. Plusieurs orateurs furent d'abord entendus, entre autres M. Passy, M. Berryer, M. Villemain, qui ajoutèrent à l'éclat du débat, sans y apporter rien de bien nouveau. Cette seconde journée touchait à son terme, quand M. Odilon Barrot parut à la tribune. M. Thiers en ressentit quelque déplaisir; il eût préféré que l'orateur de la gauche persistât dans son silence; toutefois, il ne s'inquiéta pas autrement, comptant, suivant la promesse faite, que, si le discours commençait par appuyer la régence élective, il finirait du moins par conclure au vote de la loi. Aussi, à M. Duvergier de Hauranne qui lui demandait s'il userait de son tour de parole pour y répondre: «Non, dit-il, j'aime mieux qu'un autre s'en charge; je ne veux pas me trouver en contradiction avec Barrot[100].» Ce dernier, après quelques protestations de fidélité à la «dynastie nationale», prit vivement à partie le principe même du projet, cette régence de droit «fondée sur le hasard aveugle de la naissance», cette «nouvelle légitimité» qu'on prétendait «ajouter à la Charte». «Vous voulez faire aujourd'hui, dit-il, ce que vous n'avez pas voulu faire en 1830, alors que vous étiez investi d'un pouvoir constituant que vous n'avez plus. Aujourd'hui que nous sommes rentrés dans les limites de nos attributions définies par la Charte, je vous conteste le droit d'y ajouter une institution héréditaire pour la régence et de dépouiller vos successeurs du droit d'y pourvoir selon les nécessités du temps.» M. Thiers, attentif sur son banc, s'étonnait de voir l'orateur s'engager ainsi à fond; il s'en étonnait sans douter de l'exécution de l'engagement pris: «Barrot, disait-il à M. Duvergier de Hauranne, qui était venu s'asseoir à côté de lui, Barrot s'avance beaucoup. Il a tort. Je ne sais pas comment, après tout cela, il va revenir à voter pour la loi[101].» Cependant l'orateur, soutenu, poussé par les applaudissements de la gauche, poursuivait son discours, développant, avec une énergie croissante et non sans talent, les arguments déjà présentés en faveur de la régence élective par M. de Lamartine et M. de Tocqueville. Enfin, à la stupéfaction de M. Thiers, il termina par cette déclaration: «Certes, notre opinion personnelle sur les avantages qu'il y aurait à déférer la régence à la mère du roi mineur est bien arrêtée... Il serait plus facile de traverser les mauvais jours, alors que la faiblesse d'un enfant et d'une femme aurait pour appui la générosité de la nation, qu'avec ce que l'un de vous appelait une régence à cheval. Cette conviction est profonde chez moi. Eh bien! j'en aurais fait le sacrifice; j'aurais voté avec vous pour telle ou telle désignation personnelle et actuelle que du moins nous avions pu préalablement juger et apprécier. Mais vous ne voulez pas de cette appréciation libre et intelligente... Vous voulez créer un droit pour l'inconnu... Vous voulez faire ce qui n'a jamais été fait, poser des règles absolues, aveugles comme le hasard! Bien loin d'apporter une force à la dynastie de Juillet, c'est un danger que vous créez pour elle, et c'est ce que nous ne pouvons vous accorder.» (Vive approbation à gauche.)