Note 4 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845)
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M. Guizot comprenait les nécessités de cette situation, et il voulait y adapter sa politique. Estimant que le pays avait par-dessus tout besoin de stabilité, il professait très haut qu'un gouvernement libre n'était pas obligé, comme un despote, à distraire le pays pour lui faire oublier le sacrifice de ses libertés. «Sa mission, ajoutait-il, consiste à faire bien les affaires des peuples, celles que le temps amène naturellement, et l'activité spontanée de la vie nationale le dispense de chercher pour les esprits oisifs des satisfactions factices ou malsaines.» Le ministre se disposait donc à combattre de haut et avec un mépris sévère ce qu'il appellera bientôt «ce prurit d'innovation»; il se refusait à troubler «la grande société saine et tranquille», pour plaire un moment à «la petite société maladive» qui s'agitait et prétendait agiter le pays. De même, nul ne sentait mieux l'avantage pratique, la nécessité patriotique, la beauté morale de la paix. Nul ne s'était moins ménagé pour la sauver quand elle était en péril, et il entendait bien ne pas l'exposer à des risques nouveaux. Ni le souci de sa popularité personnelle ni le désir de flatter l'amour-propre national ne le faisaient sortir de la sagesse prudente qui lui paraissait seule répondre aux besoins réels du pays. «Après ce que j'avais vu et appris pendant mon ambassade en Angleterre, a-t-il dit depuis, j'étais rentré dans les affaires bien résolu à ne jamais asservir aux fantaisies et aux méprises du jour la politique extérieure de la France.» Il écrivait, en 1841, à M. de Sainte-Aulaire qui venait d'être nommé à l'ambassade de Londres: «C'est notre coutume d'être confiants, avantageux;... nous aimons l'apparence presque plus que la réalité... Partout et en toute occasion, je suis décidé à sacrifier le bruit au fait, l'apparence à la réalité, le premier moment au dernier. Nous y risquerons moins et nous y gagnerons plus. Et puis il n'y a de dignité que là[4].» Un peu plus tard, il reprochera à M. Thiers «de traiter avec trop de ménagements l'opinion quotidienne sur les affaires étrangères», et il ajoutera: «C'est, à mon avis, un mauvais moyen de faire de la bonne politique extérieure... Quand on attache tant d'importance aux impressions si mobiles, si diverses, si légères, si irréfléchies qui constituent cette opinion quotidienne, la politique s'en ressent profondément[5].»