Note 41 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845)
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Toutefois, notre ministre réussirait-il toujours à écarter cette rupture? Les membres du cabinet britannique étaient surpris et blessés de voir que l'opinion française, loin de s'apaiser avec le temps, s'échauffait de plus en plus. Ils se demandaient s'il ne leur faudrait pas se fâcher tout haut, pour ne pas s'aliéner le public anglais. M. Désages écrivait à un de nos agents diplomatiques, le 30 juin 1842: «L... me dit qu'on est très mécontent de nous à Londres; les Anglais qui sont à Paris parlent de guerre et l'appellent à grands cris[41].» Lord Aberdeen lui-même, malgré sa courtoisie et son esprit de conciliation, manifestait, dans ses conversations avec le comte de Jarnac qui remplaçait alors notre ambassadeur en congé, des dispositions inquiétantes. Sir Robert Peel laissait voir plus d'irritation encore. «La politique récente de la France, disait-il à notre chargé d'affaires, vous a entièrement aliéné le parti qui me soutient. Personne n'a plus souvent que moi témoigné son respect et sa confiance pour le gouvernement actuel de la France... Mais jamais je n'avais pu prévoir que nos relations dussent en venir à la situation que je trouve aujourd'hui. Ne me rendez pas responsable d'un état de choses que je ne saurais me reprocher et que je ne puis m'expliquer.» M. de Jarnac signalait à M. Guizot la gravité de ces symptômes. «Il me paraît bon, lui écrivait-il en lui rendant compte de ces conversations, que vous puissiez prouver dans l'occasion à quel point la politique de la paix hostile compromet les relations de la France.» Le clairvoyant diplomate notait aussi le parti que les autres puissances cherchaient à tirer de ce refroidissement; il montrait leurs représentants «exploitant avec une grande persévérance» le mécontentement du cabinet anglais et «se félicitant sans cesse de l'entente parfaite établie entre leurs cours et le nouveau cabinet[42]».