Note 24 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845)
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Tout habile que fût devenu M. Guizot, il n'eût probablement pas réussi à éviter un éclat, s'il eût été en face de lord Palmerston[24]. Mais, grâce à Dieu, ce dernier était, depuis le mois d'août 1841, remplacé par lord Aberdeen. Sans en être encore à l'«entente cordiale», le nouveau secrétaire d'État désirait vivre en bons termes avec la France. Chose singulière! Nous eussions eu tout à craindre du ministre appartenant à ce parti whig qui avait, depuis si longtemps, inscrit l'alliance française sur son programme, et nous avions beaucoup à espérer du ministre tory qui, par les principes de son parti et même par les souvenirs de sa propre existence, semblait préparé à être notre ennemi[25]. L'explication est dans le caractère des deux hommes. On connaît celui de lord Palmerston. Lord Aberdeen formait avec lui, presque sur tous les points, un absolu contraste: esprit très mesuré, très libre; fidèle aux traditions de son pays, supérieur à ses routines et à ses préjugés; possédant cette qualité rare chez tous, particulièrement chez un Anglais, de se mettre à la place de ceux avec qui il traitait, de comprendre leurs idées, leur situation, et d'en tenir compte; sachant écouter la contradiction, sans éprouver le besoin d'argumenter; discutant le moins possible, toujours sans aigreur contre son interlocuteur ni souci de sa propre personnalité; aimant mieux dénouer les difficultés que de prouver qu'il avait raison; répugnant aux procédés tranchants, aux partis extrêmes, et préférant les transactions patiemment poursuivies; d'une droiture suprême qui inspirait tout de suite confiance à ceux avec lesquels il traitait[26]; portant dans la politique, à un degré vraiment inaccoutumé, le sentiment, le scrupule de l'équité; réservé, grave, un peu triste au premier abord, tendre dans l'intimité; sincèrement modeste, sans recherche de son succès particulier; moins en vue que d'autres au regard de la foule, mais de grande influence dans le conseil; peu populaire, mais très considéré. Ce fut une bonne fortune, pour M. Guizot et pour la France, que la présence d'un tel homme, en un pareil moment, à la tête du Foreign office.