Note 550 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845) (continued 4)
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Le cabinet aurait désiré que la discussion se terminât par l'ordre du jour pur et simple: il n'osa le demander et subit un ordre du jour imposé par M. Thiers et ainsi motivé: «La Chambre, se reposant sur le gouvernement du soin de faire exécuter les lois de l'État, passe à l'ordre du jour.» Une trentaine de députés furent seuls à protester. Les conservateurs votèrent en masse avec la gauche. Plusieurs en souffraient. «Je rougis, disait l'un d'eux à M. Beugnot, du rôle que le ministère nous a fait jouer.» Quant au gouvernement, il s'était fait une idée telle du péril, qu'il se déclara satisfait du résultat. «Vous appelez cela une défaite, disait le Roi au nonce. En effet, dans d'autres temps, c'en eût été une peut-être; aujourd'hui, c'est un succès, grâce aux fautes du clergé et de votre cour. Nous sommes heureux de nous en être tirés à si bon marché[550].» L'opposition ne s'employait pas pourtant à diminuer, pour le ministère, les humiliations de la capitulation. Dès le lendemain, le journal de M. Thiers, le Constitutionnel, notait que «l'opposition avait fait une fois de plus l'office de gouvernement». Le cabinet, ajoutait-il, «a trouvé la Chambre plus redoutable encore que les Jésuites; il aura contre les Jésuites le courage du poltron acculé à l'abîme». M. Thiers trouvait-il le plaisir de sa victoire sans mélange? Certaines paroles un peu inquiètes de la fin de son discours laissaient entrevoir chez lui comme une impression tardive de ce que cette campagne avait de peu honorable et de dangereux. En somme, triste discussion; les témoins observèrent que, pendant ces deux jours, la Chambre avait été visiblement «mal à l'aise, indécise, étonnée de sa froideur et de sa gêne», et l'abbé Dupanloup put écrire: «On voulait du bruit, du scandale, une manifestation; on a eu tout cela; mais on en a été médiocrement satisfait; c'est un spectacle curieux aujourd'hui d'étudier l'embarras où cette discussion laisse tout le monde[551].»