Note 505 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845) (continued 4)
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M. de Montalembert n'avait donc pas peu à faire pour amener les évêques à ses idées et à ses procédés. Il s'y employa, avec une ardeur extrême, par ses démarches et ses écrits. À lui seul, toutefois, serait-il parvenu à opérer cette conversion? Il eut la fortune de rencontrer dans les rangs mêmes de l'épiscopat un très utile et très puissant allié. Rien n'avait fait pressentir le rôle qu'allait jouer Mgr Parisis. Nommé évêque de Langres à quarante ans, en 1834, il s'était d'abord renfermé dans son ministère pastoral; il passait plutôt pour être peu favorable aux idées nouvelles, et, lors des premières prédications de Lacordaire, il s'était montré «l'un de ses plus chauds adversaires[505]». Mais, en 1843, un voyage en Belgique, où il entre en rapport avec l'évêque de Liège[506], lui fait comprendre, par une sorte de révélation, le rôle qui convient à l'Église dans la société moderne. À peine de retour en France, il commence la publication de brochures qui vont se succéder sans interruption et avec un retentissement croissant, à chaque incident, à chaque phase de la lutte. L'attitude qu'il y prend est, sur tous les points, celle que conseillait M. de Montalembert. Tout d'abord, il s'attache à enlever au débat ce caractère de querelle entre le clergé et l'Université, que les premières protestations des évêques tendaient trop à lui donner. «On s'obstine, dit-il dès son premier écrit, à répéter que nous ne défendons que la cause du clergé; il faut bien faire voir que nous défendons la cause de tous, même la cause de ceux contre qui nous réclamons.» Il n'invoque pas le droit divin des successeurs des apôtres, mais la liberté promise à tous les Français: c'est comme citoyen qu'il réclame ce qu'on a refusé à ceux qui se présentaient comme prêtres. Conduit à examiner l'attitude du clergé dans la France nouvelle, il désavoue toute arrière-pensée légitimiste. La société telle que les siècles l'ont faite, il l'accepte, la mettant seulement en demeure d'appliquer les principes qu'elle a posés en dehors de l'Église et quelquefois contre elle, cherchant et trouvant dans les libertés qu'elle a établies le moyen de défendre la cause religieuse. Il estime que, dans les circonstances actuelles, «tout bien pesé, nos institutions libérales, malgré leurs abus, sont les meilleures et pour l'État et pour l'Église», que «la publicité et la liberté sont plus favorables à la vérité et à la vertu que le régime contraire», et que, dès lors, «les catholiques doivent accepter, bénir et soutenir, chacun pour sa part, les institutions libérales qui règnent aujourd'hui sur la France[507]». Bien loin d'hésiter à prendre part à l'agitation légale que recommande M. de Montalembert, l'évêque de Langres répond, avec force, dans son Second Examen, à ceux qui, du dedans ou du dehors, blâment une telle conduite comme inconvenante et téméraire: c'est dans le même dessein qu'il publiera plus tard une brochure spéciale, sous ce titre: Du silence et de la publicité. Il se charge aussi de rassurer ceux des évêques qui s'effarouchent de l'intervention des laïques; en 1844, il écrit, sur ce sujet, deux lettres publiques à M. de Montalembert[508]; il l'engage solennellement à «persévérer dans la voie où il est courageusement entré», et lui déclare qu'il est «tout ensemble le centre et l'âme de l'action catholique dans toute la France».