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Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 5 / 7)

Note 282 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845) (continued 2)

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Qui donc va l'emporter dans cet étrange duel d'un contre cent? Voilà déjà une heure et demie que l'orateur est aux prises avec cette meute de hurleurs[282]. C'est la meute qui se lasse la première. La ténacité intrépide finit par avoir raison de la violence tumultueuse. M. Guizot contraint la gauche à entendre, phrase par phrase, l'explication de sa conduite en 1815. Il est d'ailleurs maintenant mieux soutenu; les députés du centre, rassurés par son énergie, ne craignent plus de lui témoigner ouvertement leur sympathie. Aussi l'accusé de tout à l'heure ne se contente-t-il plus de se justifier; il prend à son tour l'offensive et porte à ceux qui l'assaillent des coups qui les font reculer avec des cris de douleur et de rage. «Ne croyez pas, leur dit-il, que lorsque j'ai été porter à Louis XVIII les conseils de la monarchie constitutionnelle, ne croyez pas que je n'aie pas pressenti vos paroles, vos murmures, vos colères. Je les ai pressentis, je les ai acceptés d'avance et je les surmonterai, car j'ai mon pays avec moi. (Bruyantes réclamations à gauche. Vive adhésion au centre.) J'ai mon pays avec moi. (Oui! oui! Non! non!—Se tournant vers la gauche:) Avez-vous jamais eu, vous qui poussez de pareilles clameurs, avez-vous jamais eu l'assentiment du pays, vous, vos opinions, vos pratiques? (Exclamations à gauche. Au centre: Jamais! jamais!) N'êtes-vous pas armés, depuis vingt-cinq ans, de toutes les forces de ce gouvernement dont je parle? N'êtes-vous pas en possession de toutes ces libertés? Comment avez-vous su vous en servir? (Violentes réclamations à gauche.) Les avez-vous fait tourner à la gloire et au repos du pays? Est-ce par vous que le pays a vu son gouvernement fondé? Est-ce par vous que le pays a vu ses libertés mises en pratique? (Approbation au centre.)... Vous n'avez jamais su fonder ni un pouvoir ni une liberté. (Vives réclamations à gauche.) Vous avez toujours perdu... (nouvelles réclamations), vous avez toujours perdu et les libertés et les pouvoirs.» Puis, quand il a dit tout ce qu'il voulait dire, sur le point de descendre de la tribune, le ministre rassemble ce qui lui reste, après en avoir tant dépensé, d'énergie, de fierté, de mépris, et il jette à ses adversaires cette phrase célèbre et terrible: «Quant aux injures, aux calomnies, aux colères extérieures, on peut les multiplier, les entasser tant qu'on voudra, on ne les élèvera jamais au-dessus de mon dédain.»

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