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Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 5 / 7)

Note 257 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845) (continued 2)

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Au nombre des visiteurs était M. de Chateaubriand. On avait vu, non sans quelque étonnement, ce grand désenchanté, qui proclamait «ne plus croire à la politique», sortir de sa retraite chagrine et dédaigneuse[257], pour prendre part à cet acte de piété et de foi monarchiques. Il en fut largement payé. Après le prince, tous les honneurs furent pour lui. Les royalistes présents à Londres lui apportèrent solennellement le témoignage de leur reconnaissance. «Après avoir rendu hommage au roi de France,—disaient-ils, toujours par l'organe du duc de Fitz-James,—il nous restait encore un autre devoir à remplir, et nous nous sommes présentés auprès de vous, pour rendre hommage à la royauté de l'intelligence.» Le duc de Bordeaux lui-même s'associa à cet hommage, et il déclara que, s'il aspirait au trône de ses ancêtres, c'était pour servir la France «avec les sentiments et les principes de M. de Chateaubriand». Ce dernier, à la fois flatté et ému, écrivait à ses amis de Paris: «Je viens de recevoir la récompense de toute ma vie... Je suis là à pleurer comme une bête.» Il ajoutait, à la vérité, pour ne pas paraître dupe de sa propre émotion: «Hélas! tout cela, ce sont des paroles; c'est du roman qui n'empêche pas le monde de marcher.» Doit-on chercher dans le langage tenu en cette circonstance par M. le duc de Bordeaux l'expression de ses idées personnelles à cette époque? Il faudrait alors savoir ce qu'étaient «les sentiments et les principes de M. de Chateaubriand»; on eût pu être embarrassé de les définir. Toutefois, le prince laissait voir par là une certaine préoccupation de se donner une physionomie libérale. Sur un autre point, il marqua, sinon ce qu'il voulait, du moins ce qu'il ne voulait pas: ce fut en accueillant très froidement le marquis de la Rochejaquelein, représentant de ce royalisme démocratique qui, à la suite de la Gazette de France, prônait le suffrage universel, l'appel au peuple et l'alliance avec la gauche. Le prince voulait-il ainsi venger M. Berryer qui, peu auparavant, avait été violemment attaqué par la Gazette? Il ne parut pas cependant témoigner de faveur particulière au grand orateur qui, à Londres, fut laissé dans une situation un peu effacée, nullement en rapport avec son importance en France; l'action parlementaire n'était probablement pas celle qui intéressait le plus le petit-fils de Charles X. Du reste, il ne faudrait pas se figurer qu'aucun programme politique un peu précis se dégageât des manifestations de Belgrave square. Les pèlerins n'étaient venus chercher rien de semblable; ils avaient voulu surtout satisfaire un sentiment: c'était le propre, l'originalité et parfois aussi la force de l'opinion légitimiste d'agir beaucoup par sentiment; ainsi se trouvait-elle plus capable qu'une autre de fidélité et de sacrifices. Si le prince ne formula pas de programme, il saisit du moins cette occasion de poser les bases d'une organisation de ses partisans dans la France entière, organisation émanant de lui et aboutissant à lui. Du vivant même du comte de Marnes, qui demeurait immobile à Goritz[258], celui qui dès lors s'appelait le comte de Chambord prenait en main le gouvernement du parti royaliste. À cette date, commence ce règne de l'exil qui devait se prolonger pendant près de quarante ans.

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