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Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 5 / 7)

Note 219 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845) (continued 2)

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Débarquée un samedi, la Reine resta à Eu jusqu'au jeudi suivant, ravie de l'hospitalité qu'elle y recevait, s'amusant de tant de choses nouvelles pour sa jeune curiosité[219], jouissant de tous les divertissements si agréablement ordonnés qui remplissaient les journées ou les soirées. Son journal est plein des témoignages presque naïfs de sa joie. Dès le lendemain de son arrivée, elle écrit: «Il me semblait que c'était un rêve que je fusse à Eu et que mon château en Espagne favori fut réalisé; mais ce n'est pas un rêve; c'est une charmante réalité.» Le lundi, après une promenade et un divertissement champêtre: «C'était une délicieuse fête; je m'amuse beaucoup.» Le mercredi, à l'occasion d'un déjeuner improvisé en forêt: «C'était si joli, si gai, si champêtre, et la rapidité avec laquelle tout avait été arrangé était merveilleuse.» Dans les concerts qu'on lui donne, elle trouve que les artistes jouent «à merveille»; les comédies la font «mourir de rire». Ce qui lui plaît plus encore, c'est l'intimité où elle vit avec la famille royale. «Le Roi est gai, écrit-elle, sa conversation riche d'anecdotes»: et elle ajoute, le lendemain: «La gaieté et la vivacité du Roi me charment et m'amusent.» Elle ne tarit pas sur la «chère et excellente reine qu'on ne peut que vénérer et aimer»; elle se sent pour elle «une tendresse filiale». Ce n'est pas sans une respectueuse émotion qu'elle est admise à entrevoir les fonds douloureux de cette âme royale qui ne se console pas de la mort soudaine de son premier-né. «J'ai montré à la Reine, écrit-elle, les miniatures de Puss et de son frère (ses enfants) qu'elle a beaucoup admirés, et elle nous a dit si tendrement: Que Dieu les bénisse et qu'ils puissent ne vous donner jamais de chagrin! Alors j'ai dit que je voudrais qu'ils devinssent comme ses enfants à elle. À quoi elle a répondu: Oui, en une chose, dans leur attachement pour leurs parents: mais souvent aussi ils donnent du chagrin. En disant cela, elle baissa les yeux qui se remplirent de larmes, et elle ajouta: Enfin ce que Dieu veut...» Le lendemain, la reine Victoria notait encore ce trait qui l'avait frappée: «La chère reine m'a dit en me faisant sa visite hier et en me parlant de ses enfants: Je vous les recommande, Madame, ainsi qu'au prince Albert, quand nous ne serons plus. Protégez-les, ce sont des amis de cœur.» Le «profond deuil» de la duchesse d'Orléans touche aussi beaucoup la noble visiteuse: «La chère Hélène, dit-elle, a beaucoup d'esprit et de sens; elle montre beaucoup de courage et de force de caractère. Elle m'a parlé, les larmes aux yeux, de ma sympathie pour elle dans son bonheur et dans son malheur. Pauvre excellente Hélène!» Puis, c'est la reine des Belges: «Chère angélique Louise! elle est si bonne pour nous, sans cesse nous demandant ce que nous désirons, ce que nous aimons.» Les princes ne lui plaisent pas moins: «Ces jeunes gens sont si gais», dit-elle, particulièrement «Joinville, si aimable et notre grand favori». «Ils sont tous si empressés et si agréables, écrit-elle encore; cela réjouit le cœur: je suis à l'aise avec eux comme si j'étais de la famille.» Et elle répète, le lendemain: «Je me sens si gaie et si heureuse avec ces chères gens!»

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