Note 115 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845) (continued 2)
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Cette clôture, fort raisonnable au point de vue français, ne pouvait être agréable aux autres puissances, ainsi averties qu'elles devaient renoncer définitivement à notre adhésion. Lord Aberdeen n'entra dans cette idée que fort à contre-cœur et après avoir vainement essayé de nous faire accepter quelque autre expédient. Les pourparlers portèrent ensuite sur les formes de la clôture. Plusieurs des ministres britanniques eussent voulu que, tout en prenant acte de notre refus de ratifier, on nous répliquât et qu'on le fit vivement. Lord Aberdeen leur résista. «Au fait, disait-il à M. de Sainte-Aulaire, c'est moi et non pas eux qui serais responsable des suites; je ne me laisserai pas pousser[115].» Il fit donc prévaloir «la clôture sans phrases» que M. de Metternich avait proposée pour nous rendre service[116]; mais ce ne fut pas sans difficulté. «M. Guizot ni vous, disait-il à notre ambassadeur, ne saurez jamais la dixième partie des peines que cette malheureuse affaire m'a données.» De son côté, le ministre français procéda avec autant de tact que de fermeté; s'il était résolu à déclarer «sans compliments» son refus de ratifier, il tenait à éviter tout ce qui eût pu éveiller inutilement les susceptibilités anglaises; il se borna à motiver vaguement ce refus sur «les faits graves et notoires survenus à ce sujet, en France, depuis la signature de la convention». Ainsi finit-on par tomber d'accord. Le 9 novembre 1842, les plénipotentiaires d'Autriche, de Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie déclarèrent que «le protocole, jusqu'alors resté ouvert pour la France, était clos»; et, le 15, le Moniteur annonça officiellement cette clôture au public français. «Voilà un gros embarras derrière nous, écrivait M. Guizot à M. de Sainte-Aulaire. Mais je ne veux pas que de ce traité non ratifié, il reste, entre lord Aberdeen et moi, le moindre nuage. Ce serait, de lui envers moi comme de moi envers lui, une grande injustice, car nous avons, l'un et l'autre, j'ose le dire, conduit et dénoué cette mauvaise affaire avec une prudence et une loyauté irréprochables... Dans la forme, j'ai voulu que notre résolution, une fois prise, fût franche et nette; je n'ai rien admis qui pût blesser la dignité de mon pays et de son gouvernement: c'était mon devoir. Mais, en même temps, je n'ai rien dit, accueilli, ni paru accueillir dont l'Angleterre pût se blesser. Lord Aberdeen, de son côté, a mis dans toute l'affaire beaucoup de bon vouloir et de modération persévérante. Nous étions, l'un et l'autre, dans une situation difficile. Nous avons fait tous deux de la bonne politique. Nous n'en devons garder tous deux qu'un bon souvenir.»