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Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 5 / 7)

Note 151 — LIVRE V LA POLITIQUE DE PAIX (1841-1845) (continued 2)

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Faut-il donc croire que la monarchie de Juillet a péri pour n'avoir pas ménagé une de ces vanités de lettrés, si terribles parfois dans leurs vengeances, et que M. de Lamartine, comme naguère M. de Chateaubriand, est passé à l'opposition par l'effet d'un ressentiment personnel? Avec notre poète, on risquerait de se tromper si l'on faisait une trop large part à un semblable mobile; malgré ses préoccupations si naïvement personnelles, il se défendait, non sans sincérité, d'être rancuneux; il n'eût pas écrit de soi, comme M. de Chateaubriand: «Je suis malheureusement né; les blessures qu'on me fait ne se ferment jamais.» Le déplaisir de n'avoir pas été ministre ne saurait donc être l'unique ni même la principale cause de son changement. Lui eût-on proposé, en 1840, ceux des portefeuilles qui lui paraissaient seuls dignes de lui, il n'en aurait pas été longtemps satisfait. Prendre simplement rang dans un gouvernement régulier ne pouvait lui suffire. Son idéal n'était pas si modeste, si banal, et il fallait autre chose pour intéresser son imagination. S'il a rêvé un moment de trouver son rôle au service des idées conservatrices, c'est qu'il pressentait des événements extraordinaires, par exemple, une catastrophe au milieu de laquelle il eût apparu comme le sauveur de la société et de la monarchie; il se voyait «jeté au timon brisé par un grand flot de terreur»; et il ajoutait ces mots bien significatifs: «Une tempête ou rien[151].» Du moment où la politique conservatrice ne lui offre pas la chance d'un sauvetage dramatique, il s'en dégoûte. «Toute réalité le fatigue et l'ennuie, dit finement M. Rossi; il lui faut des images lointaines, des lueurs éblouissantes qui permettent de tout supposer, de tout rêver. Que peut lui offrir de séduisant le parti conservateur, avec sa mesure, sa règle, son positif, avec un horizon dont les limites sont à dix pas de nous? Que peut lui offrir un parti qui fait profession de vouloir être demain ce qu'il est aujourd'hui, de faire demain à peu près ce qu'il fait aujourd'hui, un parti qui n'admet qu'un progrès lent, sans bruit, sans éclat, sans dangers? Évidemment ce n'est pas là le parti de M. de Lamartine. Il peut l'être aux jours du péril; mais, dans les temps de calme et de repos, il ne s'y sent pas à l'aise[152].» Un mot qui revient alors à chaque instant sous sa plume, en parlant de la politique régnante, résume assez bien l'état d'esprit auquel il est arrivé, c'est le mot d'ennui. «J'en suis prodigieusement ennuyé, écrit-il... je ferai l'insurrection de l'ennui... Du nouveau! du nouveau! c'est le cri des choses et du pays[153].» Ce «nouveau», où le trouver? L'opinion conservatrice ne le lui apportant pas, M. de Lamartine en vient à se demander s'il ne faut pas le chercher dans l'opposition, non dans celle de M. Thiers qui n'a pas plus d'horizons et qui «l'ennuie» tout autant que la politique ministérielle[154], mais au delà, dans une région plus lointaine et plus indéterminée. Ainsi que l'observe encore M. Rossi, «l'opposition lui offre quelque chose d'inconnu, un avenir couvert de nuages, percé par des éclairs; si ce n'est l'infini, c'est du moins l'indéfini; l'imagination peut tout y placer».

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