Note 480 — LIVRE III LA CRISE DU GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE (1836—1839) (continued 2)
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M. Guizot est descendu de la tribune, sans presque aucun applaudissement; c'est M. Molé qui l'y remplace: «Messieurs, dit-il tout d'abord d'une voix élégamment et froidement incisive, ce n'est pas des courtisans que Tacite disait ce qui vient d'être cité tout à l'heure; c'était des ambitieux. On me permettra sans doute de rétablir la vérité sur ce point.» Ce trait, lancé avec une si rare et si prompte présence d'esprit, est salué par les bravos du centre[480]. Le président du conseil, toujours soutenu par les acclamations d'une moitié de l'assemblée, fait ensuite un retour sur le passé, rappelle le triste état des choses au 15 avril 1837, puis l'heureuse transformation opérée par l'amnistie, et ces jours heureux, «les meilleurs que le pays ait connus depuis huit ans». Le mal présent, il n'en nie pas l'existence, mais l'impute à la coalition, à cette Adresse qu'il définit «un effort téméraire pour reconquérir ce que la Chambre n'a ni perdu, ni été menacée de perdre». Enfin, après avoir montré le pays «stupéfait, scandalisé, inquiet»: «Messieurs, s'écrie-t-il, il s'instruit, en ce moment, un procès bien solennel entre nos adversaires et nous. On a beau affecter de superbes dédains: eh! n'y a-t-il pas un aveu frappant de notre force, dans la grandeur des efforts qu'on fait pour nous renverser? Quel cabinet, je vous le demande, a vu, coalisées contre lui, tant de puissances parlementaires? Je ne suis pas, je ne me donne pas ici pour l'un des princes de la parole; je ne dis pas, en parlant de moi: Les capacités, c'est moi; le ministère parlementaire, c'est moi. Je ne suis, Messieurs, qu'un vieux serviteur du pays, qui lui ai dévoué, dès mes plus jeunes ans, mes facultés et ma vie... Savez-vous pourquoi vous nous avez donné la majorité dans toutes les circonstances importantes? Ce n'est pas nous qui avons triomphé: c'est notre cause... C'est dans cette même cause que nous mettons encore toute notre confiance.»