← Table of contents
Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 1 / 7)

Note 186 — LIVRE PREMIER LE LENDEMAIN D'UNE RÉVOLUTION (juillet 1830—13 mars 1831)

Reading edition

Et quelle inconséquence! Quand La Fayette ou M. Dupont de l'Eure demandaient «une monarchie entourée d'institutions républicaines», c'étaient après tout des républicains cherchant à se rattraper sur les choses du sacrifice qu'ils avaient fait, de plus ou moins bon gré, avec plus ou moins de sincérité, sur le mot. Mais quand M. Barrot prenait la même devise, quand il voulait imposer à la royauté des institutions qui en eussent été la négation et une politique qui l'eût conduite à sa perte, il se croyait cependant et se disait sincèrement monarchiste. Dans les journées de Juillet, nul n'avait plus contribué à détourner La Fayette de la république. Depuis lors, il n'évitait pas une occasion de se distinguer du parti républicain, tout en le secondant dans presque toutes ses campagnes. Tel il continuera d'être jusqu'au bout; et, en 1846, peu avant de commencer cette campagne des banquets, prélude de la révolution et de la république de 1848, il s'écriera avec conviction: «Je suis dynastique quand même.» M. Barrot a constamment joué le rôle du républicain sans le savoir, disait M. d'Alton-Shée. N'a-t-il pas été aussi un «démocrate sans le savoir», ce bourgeois qui, après avoir proclamé sans cesse que le gouvernement devait «s'appuyer sur la classe moyenne», parce que celle-ci «constituait vraiment la nation», poussait le pays dans une voie qui aboutissait au suffrage universel? À parler juste, ne devait-il pas tout être et tout faire «sans le savoir»? Par manque absolu de clairvoyance, il n'avait aucun sentiment de la responsabilité de ses actes et de ses paroles. Non-seulement il ne prévoyait pas l'avenir, mais, après coup, même sous la leçon des plus formidables expériences, à la lueur des catastrophes les plus éclatantes, il n'a su rien voir du passé. Il a pu être surpris, jamais averti ni désabusé. Après 1848, transporté par la violence du choc dans un autre camp et devenu conservateur, il n'a pas eu un moment l'idée qu'il s'était trompé sous la monarchie de Juillet; il a étalé dans ses Mémoires, et sur les hommes et sur les choses de cette époque, la naïveté décourageante de son obstination sereine et de son béat aveuglement; c'était, à ses yeux, la marque d'une constance politique dont sa vanité et sa droiture étaient également flattées[186].

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings