Note 283 — LIVRE PREMIER LE LENDEMAIN D'UNE RÉVOLUTION (juillet 1830—13 mars 1831)
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Ainsi guerre contre la Prusse, la Hollande et l'Angleterre en Belgique, contre l'Autriche en Italie, contre la Russie en Pologne; et, afin de mieux exciter contre nous non-seulement les gouvernements effrayés de la révolution, mais les peuples jaloux de leur indépendance, on dévoilait des desseins de conquêtes, on parlait couramment de «rentrer dans nos frontières», en reprenant la rive gauche du Rhin. La Gazette d'État de Berlin répondait «que les frontières naturelles de la France étaient les Vosges et les Ardennes», opposant ainsi à une déclamation vaniteuse et passagère le cri d'une haine réfléchie et d'une tenace convoitise. Où s'arrêterait d'ailleurs l'imagination diplomatique et guerrière des hommes d'État du parti révolutionnaire? En un tour de main ou plutôt en un tour de phrase, ils bouleversaient tout, disposaient de tout. Les circonstances, a dit un des leurs, «permettaient aux Français une ambition sans limites». Cet écrivain croyait voir «la Russie engagée dans des projets trop vastes pour ses ressources, la Prusse en lutte avec les provinces rhénanes, l'Autriche menacée par l'esprit d'indépendance en Italie, l'Angleterre incertaine, inquiète et impuissante, l'Europe entière surprise et éblouie par la révolution de 1830». Dès lors, aucun obstacle à notre action. Rien de plus aisé que de dominer à Constantinople et, «par l'empire des sultans raffermis, de sauver la Pologne». En Italie, «l'uniforme de nos soldats, brillant sur le sommet des Alpes, suffisait pour l'indépendance de la Péninsule». Aux Belges, «nous offririons, pour prix d'une fraternelle union, la substitution du drapeau tricolore à l'odieux drapeau de la maison d'Orange». Cela même n'était pas assez: nous intervenions à Lisbonne, pour y détruire la «domination déshonorée de l'Angleterre»; nous nous «emparions moralement de l'Espagne», en poussant seulement les réfugiés espagnols entre les deux factions monarchiques, ardentes à s'entre-détruire. Puis, après s'être repu de ces chimères, on promettait à cette France, mal guérie des ivresses napoléoniennes, «qu'encore une fois, elle allait gouverner le monde[283]».